Cabbale.org

online archive Koot’ Hoomi Lal Singh

1ère série de lettres de Koot' Hoomi Lal Singh.

Lettres et documents en online archive de Koot’ Hoomi Lala Singh


Lettres de Koot Hoomi Lal Singh.

...Insensés sont ceux qui, ne spéculant que sur le présent, ferment volontairement les yeux au passé quand ils sont déjà, naturellement, aveugles quant à l’avenir ! Loin de moi l’idée de vous compter parmi ces derniers. Je vais donc m’efforcer de m’expliquer. Si nous accédions à vos désirs, savez-vous réellement ce qui suivrait, dans le sillage du succès ? L’ombre inexorable qui accompagne toute innovation humaine ne cesse d’avancer, mais peu nombreux sont ceux qui ont conscience de son approche et de ses dangers. Qu’ont donc à attendre ceux qui offriraient au monde une nouveauté qui, étant donné l’ignorance humaine, serait, si l’on y croyait, sûrement attribuée à ces puissances des ténèbres auxquelles croient et dont s’épouvantent encore les deux tiers de l’Humanité ? Vous dites que la moitié de Londres serait convertie, si vous pouviez lui livrer un numéro du Pioneer le jour même de sa publication ? J’ose dire que si les gens croyaient la chose véridique, ils vous tueraient avant que vous ne fassiez le tour de Hyde Park ; et si l’on ne la croyait pas vraie, le moins qui pourrait arriver serait la perte de votre réputation et de votre bonne renommée - pour avoir propagé de telles idées....


Jeu de cabbale orientale

Le livre des lettres de Koot Houmi

Cabbale et sagesse


Il est bien connu, parmi les étudiants de la Théosophie et de l’Occultisme, que les doctrines philosophiques et enseignements éthiques donnés au monde par le canal de la Société Théosophique, pendant les 16 années qui ont immédiatement suivi sa fondation en 1875, émanaient de certains Instructeurs orientaux, que l’on disait appartenir à une Fraternité Occulte, habitant les retraites trans-himalayennes du Tibet. H. P. Blavatsky, qui, avec le Colonel Olcott, fonda la Société Théosophique, reconnut ces Frères orientaux comme ses Instructeurs, et spécifia, non seulement qu’ils existaient, mais qu’elle-même avait été formée et instruite par eux, pendant son séjour au Tibet, et pouvait donc parler en toute connaissance de cause, et par expérience personnelle. Ce ne fut pas avant 1880 qu’un autre témoignage fut fourni. Cette année là, feu A.P. Sinnett, qui habitait alors l’Inde, put entrer en correspondance, par l’intermédiaire de Madame Blavatsky, avec ses instructeurs, qu’elle désignait par les termes variés de "Frères", "Mahatmas", et plus tard "Maîtres de Sagesse". Au cours de cette correspondance, qui s’étendit de 1880 à 1884, M. Sinnett reçut de nombreuses lettres des Mahatmas M. et K.H., les Instructeurs en question, et ce sont ces communications originales qui sont publiées dans le présent volume, sous le titre "Lettres des Mahatmas". Les circonstances entourant leur réception furent largement exposées par M. Sinnett, dans "Le Monde Occulte", et il n’est pas nécessaire de les préciser à nouveau.





Lettre de Koot’ Hoomi Lal Singh.

Koot Hoomi Lal Singh lettre I : c’est précisément...

Koot’ Hoomi Lal Singh lettre à A.P. Sinnett


Koot Hoomi Lal Singh :LETTRE N° I.

  • Reçue à Simla vers le 15 octobre 1880

Estimé Frère et Ami,

C’est précisément parce que l’épreuve du journal de Londres fermerait la bouche des sceptiques qu’elle est inadmissible. Considérez les choses sous telle lumière que vous voudrez, le monde n’en est encore qu’à son premier degré d’affranchissement, sinon de développement - par conséquent non préparé. Nous travaillons, il est vrai, en utilisant des moyens et des lois naturels, non surnaturels. Mais, comme d’une part, la Science se trouverait incapable (dans son état actuel) d’expliquer les merveilles présentées en son nom, et que, d’autre part, on laisserait encore les masses ignorantes considérer le phénomène sous l’aspect d’un miracle, il en résulterait un déséquilibre pour tous ceux qui seraient témoins de ce phénomène, et les conséquences seraient déplorables. Il en serait ainsi, croyez-moi - surtout pour vous qui émettez l’idée, et pour la femme dévouée qui s’élance si follement par la porte grande ouverte conduisant à la notoriété. Cette porte, quoique ouverte par une main aussi amie que la vôtre, deviendrait bientôt un piège - et en vérité, un piège fatal pour elle. Tel n’est sûrement pas votre but ?

Insensés sont ceux qui, ne spéculant que sur le présent, ferment volontairement les yeux au passé quand ils sont déjà, naturellement, aveugles quant à l’avenir !

Loin de moi l’idée de vous compter parmi ces derniers. Je vais donc m’efforcer de m’expliquer. Si nous accédions à vos désirs, savez-vous réellement ce qui suivrait, dans le sillage du succès ? L’ombre inexorable qui accompagne toute innovation humaine ne cesse d’avancer, mais peu nombreux sont ceux qui ont conscience de son approche et de ses dangers. Qu’ont donc à attendre ceux qui offriraient au monde une nouveauté qui, étant donné l’ignorance humaine, serait, si l’on y croyait, sûrement attribuée à ces puissances des ténèbres auxquelles croient et dont s’épouvantent encore les deux tiers de l’Humanité ?

Vous dites que la moitié de Londres serait convertie, si vous pouviez lui livrer un numéro du Pioneer(journal) le jour même de sa publication ? J’ose dire que si les gens croyaient la chose véridique, ils vous tueraient avant que vous ne fassiez le tour de Hyde Park ; et si l’on ne la croyait pas vraie, le moins qui pourrait arriver serait la perte de votre réputation et de votre bonne renommée - pour avoir propagé de telles idées.

Le succès d’une tentative comme celle que vous proposez doit être calculé et basé sur une parfaite connaissance des gens qui vous entourent. Il dépend entièrement des conditions sociales et morales des gens vis-à-vis de ces questions les plus profondes et les plus mystérieuses qui puissent stimuler l’esprit humain les pouvoirs divins dans l’homme et les possibilités contenues dans la Nature.

Combien, même parmi vos meilleurs amis, parmi ceux qui vous entourent, y en a-t-il qui aient plus qu’un intérêt superficiel pour ces problèmes abstrus ? Vous pourriez les compter sur les doigts de votre main droite. Votre race se glorifie d’avoir, en ce siècle, libéré le génie si longtemps emprisonné dans l’étroit vaisseau du dogmatisme et de l’intolérance - le génie de la connaissance, de la sagesse et de la libre pensée. Elle dit que les préjugés de l’ignorance et le fanatisme religieux, mis en bouteille comme le méchant Djinn d’autrefois et scellés par les Salomons de la Science, reposent à leur tour au fond de la mer et ne pourront jamais, remontant à la surface, régner de nouveau sur le monde comme ils le firent jadis ; bref, que l’opinion publique est tout à fait libre et prête à accepter toute vérité démontrée. Bien ; mais en est-il vraiment ainsi, mon respectable ami ?

La connaissance expérimentale ne date pas exactement de 1662, époque où Bacon, Robert Boyle et l’évêque de Rochester transformèrent par Charte Royale leur "Collège Invisible" en Société pour le progrès de la Science expérimentale. Des siècles avant que la "Société Royale" ne devînt une réalité, conformément au plan du "Projet Prophétique", une aspiration innée vers l’occulte, un ardent amour de la Nature et l’étude de celle-ci avaient conduit les hommes de toutes les générations à essayer de sonder ses secrets plus profondément qu’on ne le faisait autour d’eux. Roma ante Romulum fuit - est un axiome qu’on enseigne dans vos écoles anglaises.

Les recherches abstraites relatives aux problèmes les plus déroutants ne surgirent pas spontanément dans le cerveau d’Archimède comme un sujet jamais abordé jusqu’alors, mais plutôt comme le reflet de recherches entreprises antérieurement dans la même direction par des hommes que séparait de son temps une période aussi longue - et même beaucoup plus longue - que celle qui vous sépare du grand Syracusain.

Le "vril" de la "Race future" fut la propriété commune de races aujourd’hui disparues. Et, comme l’existence même de nos ancêtres gigantesques est maintenant mise en question - quoique nous ayons dans les Himavats, sur le territoire même vous appartenant, une caverne pleine de squelettes de ces géants - et de même que leurs énormes ossatures, quand elles sont découvertes, sont invariablement envisagées comme des caprices isolés de la Nature, ainsi le vril ou Akas -, comme nous l’appelons - est considéré comme une impossibilité, un mythe. Or, sans une complète connaissance de l’Akas, de ses combinaisons et de ses propriétés, comment la Science peut-elle espérer expliquer de tels phénomènes ?

Nous ne doutons pas que vos hommes de science ne soient aptes à se laisser convaincre ; cependant les faits doivent leur être d’abord démontrés, devenir d’abord leur propriété personnelle et leur être apparus susceptibles de se prêter à leurs propres méthodes d’investigation, avant qu’ils ne soient prêts à les admettre comme faits. Si vous parcourez seulement la Préface de la "Micrographia", vous trouverez dans les suggestions de Hooke que les rapports profonds des objets avaient moins d’importance à ses yeux que leur action extérieure sur les sens. Et les belles découvertes de Newton trouvèrent en lui leur plus grand adversaire. Les Hooke modernes sont légion. Comme ce savant mais ignorant homme de jadis, vos hommes de science modernes sont moins désireux de suggérer un enchaînement physique des faits, qui pourrait leur révéler bien des forces occultes dans la nature, que de fournir une "classification convenable d’expériences scientifiques" ; de sorte qu’à leurs yeux la qualité essentielle d’une hypothèse n’est pas qu’elle soit vraie, mais seulement plausible.

Voilà pour la Science - dans la mesure où nous la connaissons. Quant à la nature humaine en général, elle est maintenant ce qu’elle était il y a un million d’années : des préjugés basés sur l’égoïsme, une mauvaise volonté générale pour renoncer à l’ordre des choses établi en faveur de nouveaux modes de vie et de pensée (et l’étude occulte exige tout cela et bien davantage), de l’orgueil et une résistance obstinée à la Vérité lorsque celle-ci bouleverse leurs précédentes notions des choses - telles sont les caractéristiques de votre temps et spécialement des classes moyennes et inférieures.

Quels seraient donc les résultats des phénomènes les plus étonnants, en supposant que nous consentions à leur production ?

Quelque réussis qu’ils fussent, le danger croîtrait proportionnellement au succès. Il ne resterait bientôt plus d’autre choix qu’aller toujours crescendo, ou, tués par vos propres armes, tomber dans cette lutte sans fin contre les préjugés et l’ignorance. Preuve sur preuve seraient exigées et devraient être fournies ; on attendrait de chaque phénomène nouveau qu’il fût plus merveilleux que le précédent. Vous dites chaque jour qu’on ne peut s’attendre à ce que les gens croient sans avoir vu de leurs yeux. La vie entière d’un homme suffirait-elle à satisfaire le monde entier des sceptiques ? C’est peut-être chose facile de porter le nombre primitif de croyants à Simla à des centaines et à des milliers. Mais qu’adviendrait-il des centaines de millions qui ne pourraient être témoins oculaires ?

Les ignorants - incapables de s’en prendre aux opérateurs invisibles - pourraient quelque jour exhaler leur rage contre les agents visibles à l’ouvrage ; les classes supérieures et instruites continueraient à ne pas croire comme toujours, vous mettant en pièces comme par le passé. Comme tant d’autres, vous blâmez le soin avec lequel nous gardons nos secrets. Cependant nous connaissons quelque peu la nature humaine, car l’expérience de longs siècles - d’âges même - nous a instruits. Et nous savons qu’aussi longtemps que la science aura quelque chose à apprendre et qu’une ombre de dogmatisme religieux s’attardera au coeur des multitudes, les préjugés du monde devront être vaincus pas après pas et non d’un seul coup.

De même que l’Antiquité vénérable a eu plus d’un Socrate, ainsi l’indistinct Avenir donnera naissance à plus d’un martyr. La Science affranchie s’est détournée dédaigneusement de l’opinion de Copernic rénovant les théories d’Aristarque de Samos, qui affirmait que "la Terre tourne circulairement autour de son propre centre", bien des années avant que l’Eglise songeât à sacrifier Galilée en holocauste à la Bible. Les collègues du plus habile des mathématiciens de la Cour d’Edouard VI - Robert Recorde - le laissèrent mourir de faim en prison, raillant son "Château de la Connaissance" et traitant ses découvertes de "vaines fantaisies". William Gilbert de Colchester - médecin de la Reine Elisabeth - mourut empoisonné, tout simplement parce que, réel fondateur de la Science expérimentale en Angleterre, il avait eu l’audace de devancer Galilée et d’indiquer l’erreur de Copernic quant au "troisième mouvement", gravement allégué pour rendre compte du parallélisme de l’axe de rotation de la terre !

L’énorme savoir des Paracelse, des Agrippa et des Dee fut toujours mis en doute. Ce fut la science qui porta sa main sacrilège sur le grand ouvrage "De Magnete", sur "La Vierge Blanche Céleste" (l’Akas) et autres. Et ce fut l’illustre "Chancelier de l’Angleterre et de la Nature" - Lord Verulam Bacon - qui, ayant conquis le titre de Père de la Philosophie inductive, se permit de traiter de tels hommes "d’Alchimistes de la Philosophie fantastique".

Tout cela est de l’histoire ancienne, penserez-vous. Il est vrai ; mais les chroniques modernes ne diffèrent pas essentiellement des anciennes. Et nous n’avons qu’à nous rappeler les récentes persécutions des médiums en Angleterre, la mort sur le bûcher de prétendus sorcières et sorciers dans l’Amérique du Sud, en Russie et aux frontières d’Espagne, pour être certains que la sécurité des occultistes véritables repose seulement sur le scepticisme du public les charlatans et les prestidigitateurs sont les boucliers naturels des "adeptes". La sécurité publique n’est assurée que parce que nous gardons secrètes les armes terribles qui, autrement, pourraient être employées contre elle, et qui, comme on vous l’a dit, devinrent mortelles dans les mains des méchants et des égoïstes.

Je conclus en vous rappelant que des phénomènes comme ceux que vous désirez ardemment ont toujours été réservés comme récompense pour ceux qui ont consacré leur vie à servir la déesse Saraswati - notre Isis aryenne. S’ils étaient donnés aux profanes, que resterait-il pour nos fidèles ? Beaucoup de vos suggestions sont hautement raisonnables et on leur donnera suite. J’ai écouté attentivement la conversation qui eut lieu chez M. Hume. Ses arguments sont parfaits du point de vue de la sagesse exotérique. Mais que le temps vienne où il sera admis à avoir un aperçu complet du monde de l’ésotérisme, avec ses lois basées sur des calculs mathématiquement corrects de l’Avenir - résultats nécessaires des causes que nous sommes toujours libres de créer et de façonner à notre volonté mais dont les conséquences échappent à notre contrôle et deviennent ainsi nos maîtres - et alors seulement vous et lui comprendrez pourquoi, aux yeux des non-initiés, nos actes peuvent paraître souvent peu judicieux, sinon véritablement absurdes.

Je ne pourrai répondre pleinement à votre prochaine lettre sans prendre l’avis de ceux qui, généralement, s’occupent des mystiques européens. D’ailleurs, la présente lettre doit vous satisfaire sur plusieurs points que vous aviez mieux définis dans votre dernière lettre ; mais sans doute, elle vous désappointera aussi. En ce qui concerne la production de phénomènes nouvellement imaginés et encore plus frappants, exigés d’elle 19 avec notre aide, vous devez, étant familiarisé avec la stratégie, demeurer satisfait en pensant qu’il ne sert guère d’acquérir de nouvelles positions tant que celles que nous avons déjà atteintes ne sont pas consolidées et que vos ennemis ne sont pas pleinement convaincus de votre droit à leur possession. En d’autres termes, on a produit pour vous-même et vos amis une plus grande variété de phénomènes que bien des néophytes réguliers n’en ont vus en plusieurs années.

Faites d’abord connaître au public la production de la note, de la tasse et des diverses expériences avec le papier à cigarettes, et laissez-le digérer cela. Laissez-le s’évertuer à chercher une explication. Et, comme-en dehors de l’accusation formelle et absurde de fraude, il ne sera jamais capable d’expliquer quelques-uns de ces phénomènes - tandis que les sceptiques sont entièrement satisfaits de leur hypothèse présente concernant la production de la broche - vous aurez fait un réel bien à la cause de la vérité et rendu justice à la femme qui souffre pour elle. Isolé comme il l’est, le cas mentionné dans le Pioneer devient moins qu’insignifiant - il est positivement nuisible pour vous tous - pour vous-même comme directeur de ce journal, tout autant que pour qui que ce soit - si vous me pardonnez de vous offrir ce qui ressemble à un avis.

Il n’est pas juste, ni pour vous ni pour elle, que votre attestation et celle de votre femme soient considérées comme nulles, parce que le nombre de témoins oculaires ne semble pas suffisant pour justifier l’attention du public. Plusieurs cas s’unissant pour fortifier votre position de témoin véridique et intelligent de phénomènes variés, chacun de ceux-ci vous donne un droit supplémentaire d’affirmer ce que vous savez. Cela vous impose le devoir sacré d’instruire le public et de le préparer aux éventualités futures en ouvrant graduellement ses yeux à la vérité. Vous ne devez pas, en ayant moins confiance que Sir Donald Stewart en votre droit individuel d’affirmation, laisser perdre l’occasion. Un témoin de réputation bien connue a plus de poids que les preuves fournies par dix étrangers, et s’il y a quelqu’un dans l’Inde qui soit respecté comme étant digne de confiance, c’est le Directeur du Pioneer. Rappelez-vous qu’il n’y eut qu’une femme hystérique soi-disant présente à la prétendue ascension et que le phénomène ne fut jamais corroboré par la répétition. Cependant, depuis près de deux mille ans, d’innombrables milliards ont accordé leur foi au témoignage de cette seule femme - qui n’était pas des plus dignes de confiance. Essayez et travaillez d’abord sur les matériaux que vous avez ; ensuite nous serons les premiers à vous aider à vous procurer d’autres preuves. Jusque-là, croyez-moi toujours votre ami sincère,

KOOT’ HOOMI LAL SINGH



Lettre de Koot’ Hoomi Lal Singh.

Koot Hoomi Lal Singh lettre II : Nous poursuivrons...

Koot’ Hoomi Lal Singh lettre à A.P. Sinnett


Koot Hoomi Lal Singh :LETTRE N° II.

  • Reçue à Simla, le 19 octobre 1880

Très estimé Monsieur et Frère,

Nous poursuivrons un dialogue de sourds dans notre correspondance jusqu’à ce qu’il soit bien établi que la science occulte a ses méthodes de recherche propres aussi fixes et aussi arbitraires que les méthodes de son antithèse, la science physique le sont à leur façon. Si celle-ci a ses règles, la première aussi a les siennes et celui qui voudrait franchir les frontières du monde invisible ne pourrait pas plus prescrire la marche à suivre que le voyageur qui essaye de pénétrer dans les retraites souterraines intérieures de Lhassa la Bénie ne pourrait en montrer le chemin à son guide. Les mystères ne furent jamais mis et ne pourront jamais être mis à la portée de la foule, du moins jusqu’au jour tant désiré où notre philosophie religieuse sera devenue universelle. À aucune époque, il n’y a eu plus d’une minorité à peine appréciable d’hommes pour posséder les secrets de la nature, quoique des multitudes de gens aient vu des preuves pratiques de la possibilité de cette possession. L’adepte est la rare efflorescence d’une génération de chercheurs ; et, pour en devenir un, il doit obéir à l’impulsion intime de son âme, sans égard aux prudentes considérations de la science ou de la sagacité du monde. Votre désir est d’être mis directement en communication avec l’un de nous, sans l’intermédiaire de Mme B., ou d’un médium quelconque. Votre idée serait, d’après ce que je comprends, d’obtenir de communiquer ainsi soit au moyen de lettres - comme la présente -, soit par audition directe, afin d’être guidé par l’un de nous pour la direction et principalement pour l’instruction de la Société.

Vous cherchez tout cela, et cependant, comme vous le dites vous-même, vous n’avez pas trouvé jusqu’ici "de raisons suffisantes" pour abandonner "vos habitudes de vie" - absolument hostiles à de telles communications. C’est à peine raisonnable. Celui qui veut porter haut la bannière du mysticisme et proclamer son règne proche, doit donner l’exemple aux autres. Il doit être le premier à changer ses habitudes de vie ; et, regardant l’étude des mystères occultes comme le degré supérieur de l’échelle de la Connaissance, il doit bien haut la proclamer telle, en dépit de la science exacte et de l’opposition de la société. "Le Royaume du Ciel est obtenu par la force", disent les mystiques chrétiens. C’est seulement les armes à la main, prêt à vaincre ou à périr, que le mystique moderne peut espérer atteindre son but.

Ma première lettre répondait, je crois, à bien des questions contenues dans votre seconde et même dans votre troisième lettre. Y ayant déjà exprimé mon opinion que le monde en général n’est pas mûr pour recevoir des preuves trop surprenantes de la puissance occulte, il ne nous reste qu’à nous occuper des individus isolés qui, comme vous, cherchent à passer derrière le voile de la matière pour pénétrer dans le monde des causes premières ; c’est-à-dire que nous n’avons plus maintenant qu’à considérer votre cas et celui de M. Hume. Ce Monsieur m’a fait aussi le grand honneur de s’adresser nommément à moi, me posant quelques questions et indiquant les conditions auxquelles il consentirait à travailler pour nous sérieusement. Mais, vos motifs et vos aspirations étant de caractères diamétralement opposés et, par là, conduisant à des résultats différents, je dois répondre à chacun de vous séparément.

La première et principale considération nous déterminant à accepter ou rejeter votre offre, c’est le motif intérieur qui vous pousse à rechercher nos instructions et, dans un certain sens, notre direction. Cette dernière, en tout cas, sous réserve, telle que je le comprends et par conséquent restant indépendante du reste. Or, quels sont vos motifs ? Je puis essayer de les définir sous leur aspect général, remettant à plus tard les détails. Ce sont : 1°) le désir de recevoir des preuves positives et inattaquables de l’existence réelle de forces de la nature inconnues de la science ; 2°) l’espoir de vous les approprier quelque jour - le plus vite possible, car vous n’aimez pas attendre - pour vous rendre capable : a) de démontrer leur existence à un petit nombre d’esprits occidentaux choisis ; b) de contempler la vie future comme une réalité objective bâtie sur le roc de la Connaissance, et non sur celui de la foi ; et c) finalement d’apprendre - ceci étant peut-être le plus important de tous vos motifs, quoique le plus caché, le mieux dissimulé - la vérité entière sur nos Loges et sur nous-mêmes ; bref, d’obtenir la certitude que les "Frères" - dont tout le monde entend actuellement parler et qu’on voit si peu - sont des entités réelles, et non les fictions d’un cerveau dérangé et halluciné.

Tels nous apparaissent sous leur meilleur jour les "motifs" qui vous font vous adresser à moi. Aussi vous répondrai-je dans le même esprit, espérant que ma sincérité ne sera pas mal interprétée ni attribuée à quoi que ce soit qui ressemble à une disposition inamicale.

Eh bien, ces motifs, sincères et dignes de sérieuse considération du point de vue mondain, nous apparaissent égoïstes. (Vous me pardonnerez ce que vous considérez peut-être comme une expression un peu brutale, si votre désir est réellement ce que vous affirmez : apprendre la vérité et obtenir d’être instruit par nous, qui appartenons à un monde tout différent de celui où vous vivez). Ils sont égoïstes parce que vous devez savoir que le but principal de la S.T. n’est pas tant de satisfaire des aspirations individuelles que de servir les hommes nos frères ; et la réelle valeur de ce mot "égoïste", qui doit sonner désagréablement à votre oreille, ne peut être la même pour vous que pour nous qui y attachons une signification particulière ; par conséquent, vous ne devez le prendre que dans notre sens. Peut-être apprécierez-vous mieux ce que je veux dire, quand vous saurez qu’à nos yeux, les plus hautes aspirations pour le bien-être de l’Humanité sont entachées d’égoïsme si l’esprit du philosophe recèle l’ombre d’un désir personnel ou une tendance à commettre l’injustice, même lorsqu’il n’en a pas conscience.

Pourtant vous avez toujours discuté mais seulement pour la rejeter l’idée d’une Fraternité Universelle, dont vous mettez en doute l’utilité, et vous avez conseillé de remanier la Société Théosophique pour en faire un collège pour l’étude spéciale de l’occultisme. Cela, mon ami et Frère estimé, ne fera jamais l’affaire !

Ayant éliminé les "motifs personnels", analysons vos "conditions" pour nous aider à agir pour le bien public. Dans leurs grandes lignes, ces conditions sont : 1°) qu’une Société Théosophique anglo-indienne indépendante soit fondée par vos bons offices et sa direction assurée par ni l’un ni l’autre de nos représentants actuels ; et 2°) que l’un de nous prenne la nouvelle association "sous son patronage", qu’il soit "en libre et directe communication avec ses chefs" et leur donne "la preuve directe qu’il possède réellement cette connaissance supérieure des forces de la Nature et des attributs de l’âme humaine qui leur inspirerait une entière confiance dans sa direction". J’ai copié vos propres expressions pour éviter une inexactitude en définissant votre position.

De votre point de vue, ces conditions peuvent sembler raisonnables au point de ne provoquer aucun dissentiment ; et, en vérité, la majorité de vos compatriotes - sinon des Européens - partagerait votre opinion. Quoi de plus raisonnable, direz-vous, que de demander que l’instructeur, désireux de répandre sa connaissance, et l’élève, s’offrant à lui pour cette oeuvre, soient mis face à face et que l’un donne à l’autre la preuve expérimentale de l’exactitude de ses enseignements ?

Homme du monde, vivant dans le monde et en pleine sympathie avec lui, vous avez indubitablement raison. Mais les hommes de cet autre monde qui est le nôtre, non préparés à vos modes de pensées, trouvant parfois très difficile de les suivre et de les apprécier, ne peuvent guère être blâmés s’ils ne répondent pas à vos suggestions avec l’empressement que, selon vous, elles méritent.

La première et la plus importante de nos objections se trouve dans nos Règles. Nous avons, il est vrai, nos écoles et nos instructeurs, nos néophytes et nos shaberons (adeptes supérieurs) et la porte est toujours ouverte à tout homme qualifié qui y frappe. Et nous accueillons invariablement le nouveau venu - seulement au lieu d’aller à lui, c’est lui qui vient à nous. Plus encore : à moins qu’il ne soit parvenu, dans le sentier de l’occultisme, à ce point d’où il lui est impossible de revenir en arrière parce qu’il est irrévocablement lié à notre association, nous ne le visitons jamais, nous ne franchissons même jamais le seuil de sa porte sous une forme visible, si ce n’est dans des cas de la plus extrême importance.

L’un de vous est-il assez avide de la connaissance et des pouvoirs bienfaisants qu’elle confère, pour être prêt à quitter votre monde et à venir dans le nôtre ? Qu’il vienne alors ; mais il ne doit pas songer au retour avant que le sceau des mystères n’ait clos ses lèvres de façon à prévenir même toute éventualité de faiblesse ou d’indiscrétion de sa part. Qu’il vienne par tous les moyens, comme élève vers son maître, et sans conditions ; ou alors qu’il attende, comme tant d’autres l’ont fait et qu’il se contente des miettes de connaissance qui peuvent tomber sur son chemin.

Et, en supposant que vous veniez ainsi, comme deux de vos compatriotes l’ont déjà fait, comme l’a fait Mme B. et comme le fera M. O. ; en supposant que vous abandonniez tout pour la vérité, que pendant des années vous gravissiez laborieusement le sentier dur et escarpé, non rebuté par les obstacles, ferme devant toute tentation ; que vous gardiez fidèlement dans votre coeur les secrets qui vous auraient été confiés pour vous éprouver, que vous ayez travaillé avec toute votre énergie et avec désintéressement à propager la vérité et à inciter les hommes à penser et à vivre correctement, trouveriez-vous juste si, après tous vos efforts, nous accordions à Mme B. ou à M. O., qui seraient restés étrangers à notre travail, ce que vous demandez aujourd’hui pour vous-même ? De ces deux personnes, l’une nous a déjà consacré les trois quarts de sa vie, et l’autre six années de sa belle maturité, et toutes deux continueront jusqu’à la fin de leurs jours.

Quoique travaillant toujours pour la récompense qu’ils méritent, jamais ils ne la demandent ni ne murmurent quand ils sont désappointés. Quand bien même ils accompliraient chacun beaucoup moins qu’ils ne le font, n’y aurait-il pas une injustice évidente à les ignorer, comme vous le proposez, dans un champ important de l’effort théosophique ?

L’ingratitude n’est pas au nombre de nos vices, et nous n’imaginons pas que vous désiriez nous la conseiller...

Ni l’un ni l’autre n’a la moindre envie de se mêler de la direction de la Branche anglo-indienne projetée, ni d’en régenter le comité. Mais la nouvelle société, si elle est jamais formée, doit être, en fait (quoique portant un titre distinctif qui lui soit propre), une Branche de la Société-Mère comme l’est la Société Théosophique Britannique à Londres, et contribuer à sa vitalité et à son utilité en propageant son idée principale de Fraternité Universelle et par d’autres façons possibles.

Si mal que les phénomènes aient pu être présentés, il y en eut cependant quelques-uns - vous l’admettez vous-mêmes - qui furent inattaquables. Les "coups sur la table quand personne ne la touche" et "les sons de clochettes dans l’air" ont, dites-vous, "toujours été regardés comme satisfaisants", etc., etc. Vous en inférez que de bons "phénomènes-preuves" peuvent aisément être multipliés ad infinitum. C’est vrai - en tout lieu où nos conditions magnétiques et autres sont constamment réalisées et où nous n’avons pas à agir avec et par un corps de femme affaibli dans lequel, nous pouvons le dire, un cyclone vital fait rage la plupart du temps. Mais si imparfaite que puisse être notre représentante visible (et souvent elle est très imparfaite et très peu satisfaisante) elle est encore la meilleure qui soit utilisable pour le moment et ses phénomènes ont étonné et déconcerté, depuis environ un demi-siècle, certains des esprits les plus intelligents de l’époque. Si nous sommes ignorants de l’ "étiquette journalistique" et des exigences de la science physique, nous avons

cependant l’intuition des effets des causes. Puisque vous n’avez rien écrit au sujet des phénomènes que vous regardez, à juste titre, comme tellement convaincants, nous avons le droit d’en conclure que l’on pourrait gaspiller sans meilleurs résultats une force précieuse. En elle-même, l’affaire de la "broche" est (aux yeux du monde) complètement inutile et le temps prouvera que j’ai raison. Votre intention aimable a entièrement échoué.

Pour conclure, nous sommes prêts à continuer cette correspondance si l’aspect sous lequel nous vous présentons l’étude occulte vous convient. Par l’épreuve décrite, chacun de nous est passé, quels que soient son pays ou sa race. En attendant, espérant le mieux - fidèlement vôtre comme toujours.

KOOT’ HOOMI LAL SINGH



Lettre de Koot Hoomi Lal Singh.

Koot Hoomi Lal Singh lettre III : Dans la nuit du 19 octobre...

Koot’ Hoomi Lal Singh lettre à A.P. Sinnett


Koot Hoomi Lal Singh :LETTRE N° III a.

Dans la nuit du 19 octobre 1880, m’étant éveillé un instant, je vis K.H. en forme astrale, puis, immédiatement après, rendu à nouveau inconscient (dans le corps) et conscient hors du corps, dans le cabinet de toilette adjacent, j’y aperçus un autre des Frères, plus tard identifié avec celui appelé par Olcott "Sérapis, le plus jeune des Chohans".

La note au sujet de cette vision arriva le matin suivant et pendant ce jour-là, le 20, nous allâmes en pique-nique à Prospect Hill où se produisit le "cas du coussin".

Mon Bon "Frère",

Dans les rêves et les visions, du moins quand ils sont correctement interprétés, il ne peut guère y avoir "un élément de doute"... J’espère vous prouver ma présence près de vous la nuit dernière par quelque chose que j’ai emporté avec moi. Ce sera rendu à votre femme sur la colline. Je ne possède pas de papier rose pour écrire, mais je compte que le modeste papier blanc fera bien l’affaire pour ce que j’ai à dire.

KOOT’ HOOMI LAL SINGH

Koot Hoomi Lal Singh :LETTRE N° III b.

Mon "cher Frère",

Cette broche N° 2 est placée dans cet étrange endroit simplement pour vous montrer combien il est facile de produire un phénomène réel et combien il est encore plus facile de suspecter son authenticité. Faites-en ce que vous voudrez, même jusqu’à m’associer à des comparses. J’essaierai de remédier à la difficulté dont vous parliez la nuit dernière en ce qui concerne l’échange de nos lettres. Un de nos élèves visitera prochainement Lahore et les N.W.P. (North Western Provinces (N.d.T)) et une adresse vous sera donnée dont vous pourrez toujours user ; à moins qu’en vérité vous ne préfériez correspondre au moyen... de coussins. Remarquez, s’il vous plaît, que la présente n’est pas datée d’une "Loge", mais d’une vallée du Cachemire.

Vôtre, plus que jamais,

KOOT’ HOOMI LAL SINGH

Koot Hoomi Lal Singh :LETTRE N° III c.

Quelques mots encore : pourquoi avez-vous été déçu de ne pas recevoir de réponse directe à votre dernière note ? Celle-ci me parvint dans ma chambre environ une demi-minute après que les courants pour la production du coussin-dâk (Dâk signifie "poste" en hindoustani. Il est ainsi fait allusion au fait que le coussin en question avait servi de sac aux lettres, comme les sacs postaux (N.d.T.).) eussent été préparés et mis en jeu. Et (à moins que je ne vous eusse assuré qu’un homme de votre tempérament n’a guère à craindre d’être "joué") une réponse n’était pas nécessaire. Je vous demanderai certainement une faveur, et c’est que maintenant que vous (la seule personne à qui on ait jamais promis quelque chose) êtes satisfait, vous vous efforciez de désabuser l’esprit de l’amoureux Major et lui fassiez voir sa grande sottise et son injustice.

Fidèlement vôtre,

KOOT’ HOOMI LAL SINGH



Lettre de Koot’ Hoomi Lal Singh.

Koot Hoomi Lal Singh lettre IV : je ne puis assurément...

Koot’ Hoomi Lal Singh lettre à A.P. Sinnett


Koot Hoomi Lal Singh :LETTRE N° IV.

Apparemment reçue le 5 novembre

Madame et le Colonel O. arrivèrent chez nous, à Allahabad, le 1er décembre 1880. Le Col. 0. alla à Bénarès le 3, Madame le rejoignit le 11. Tous deux revinrent à Allahabad le 20 et restèrent jusqu’au 28. Amrita SARAS, 29 oct.

(Habituellement orthographié, translittération plus correcte Sikh : amrita (immortalité d’Immortalité " (N.d.T.) )

Mon cher Frère,

Je ne puis assurément rien objecter contre la façon que vous avez aimablement adoptée de m’appeler par mon nom, puisque cela est, comme vous dites, la conséquence d’égards personnels supérieurs même à ce que j’ai pu mériter de vous jusqu’à présent. Les conventions du monde fastidieux, à l’extérieur de nos "Ashrams" retirés, ne nous troublent jamais beaucoup ; moins que jamais en ce moment où nous cherchons non des maîtres en cérémonial, mais des hommes et du dévouement, et non de simples rites.

De plus en plus, le formalisme mort gagne du terrain et je suis vraiment heureux de trouver un allié si inattendu dans un milieu où, jusqu’ici, nous n’en avons guère rencontré, je veux dire parmi les classes hautement instruites de la société anglaise. Nous traversons en ce moment ce que l’on pourrait appeler une crise, et il nous faut y faire face. Je pourrais même dire deux crises - l’une est celle de la Société et l’autre concerne le Tibet. Car je puis vous dire en confidence que la Russie masse graduellement ses forces en vue d’une future invasion de ce pays, sous le prétexte d’une guerre chinoise. Si elle ne réussit pas, ce sera grâce à nous ; et en cela au moins, nous mériterons votre gratitude. Vous voyez donc que nous avons à penser à des sujets bien plus graves que de petites sociétés. Cependant la Société Théosophique ne doit pas être négligée. L’affaire a subi une impulsion qui, mal dirigée, peut aboutir aux plus fâcheux résultats.

Rappelez-vous les avalanches de vos Alpes admirées auxquelles vous avez souvent pensé, et souvenez-vous que d’abord leur masse est petite et leur force médiocre.

Comparaison usée, direz-vous. Mais je ne vois pas de meilleure image, quand je regarde l’accumulation graduelle d’événements de mince importance qui en grandissant pourront menacer la destinée de la Société Théosophique. Cette image s’est imposée à moi, l’autre jour, alors que je descendais les défilés de Kouenlun - vous les appelez Karakorum - et que je vis tomber une avalanche. J’étais allé personnellement soumettre à notre Chef l’offre importante de M. Hume et je me dirigeais vers Ladhak pour rentrer chez moi. Quelles autres spéculations auraient suivi, je ne puis le dire, car, juste comme je profitais du silence imposant qui suit ordinairement ces cataclysmes pour prendre une plus nette vision de la situation présente et des dispositions des "mystiques" de Simla, je fus rudement rappelé à moi. Une voix familière, aussi perçante que celle attribuée au paon de Saraswati - qui, si nous en croyons la tradition, mit en fuite le Roi des Nagas - s’écria le long des courants : "Olcott a de nouveau fait surgir le diable lui-même... Les Anglais deviennent fous... Koot Hoomi, venez au plus vite et aidez-moi !" - et dans son excitation, elle oubliait qu’elle parlait anglais. Je dois dire que les télégrammes de la "Vieille Dame" frappent comme les pierres d’une catapulte !

Que pouvais-je faire sinon venir ? Argumenter à travers l’espace avec une personne en proie au morne désespoir et dans un état moral chaotique était inutile. Aussi décidai-je de sortir d’une réclusion de nombreuses années pour passer quelque temps avec elle et la réconforter de mon mieux. Mais notre amie n’est pas femme à faire refléter dans son mental la philosophique résignation de Marc-Aurèle. Le destin n’a jamais écrit qu’elle dirait : "C’est une chose royale pour celui qui fait le bien d’entendre dire du mal de lui"... J’étais venu pour quelques jours, mais je découvre maintenant que je ne puis plus endurer le magnétisme suffocant même de mes propres compatriotes. J’ai vu quelques-uns de nos fiers et vieux Sikhs*, ivres et titubant sur les dalles de marbre de leur Temple sacré.

(*Il s’agit du célèbre "Temple d’Or" édifié à Amritsar, au seizième siècle, sur le "Lac d’Immortalité" et où se rendent les Sikhs, chaque année, en pèlerinage, par centaines de mille (N.d.T.). )

J’ai entendu un Vakil, parlant anglais, dénoncer la Yog Vidga et la Théosophie comme des illusions et des mensonges, déclarant que la science anglaise les avait émancipés de ces "superstitions dégradantes" et disant que c’était insulter l’Inde que de soutenir que les malpropres Yogis et Sannyasis connaissent quoi que ce soit des mystères de la nature ou qu’aucun homme vivant puisse ou ait jamais pu produire un phénomène quelconque. Je retourne demain chez moi.

La remise de cette lettre risque d’être différée de quelques jours pour des causes qu’il ne serait pas intéressant pour vous que je spécifie. En attendant, néanmoins, je vous ai télégraphié mes remerciements pour votre obligeance à accéder à mes désirs en ce qui concerne les sujets auxquels vous faites allusion dans votre lettre du 24 courant. Je vois avec plaisir que vous n’avez pas manqué de me présenter au monde comme un "allié" possible. Cela porte, je crois, notre nombre à dix. Mais je dois dire que votre promesse fut bien et loyalement tenue. Reçue à Amritsar le 27 courant à 2 heures de l’après-midi, votre lettre m’est parvenue à environ trente milles au-delà de Rawalpindi, cinq minutes plus tard, et je vous fis télégraphier un avis de réception de Jhelum, à 4 heures, le même après-midi. Nos modes de distribution de courrier accélérée et de rapides communications ne sont pas à dédaigner, comme vous voyez, par le monde occidental ou même par les sceptiques Vakils aryens qui parlent anglais.

Je ne pourrais demander à un allié une disposition d’esprit plus judicieuse crue celle où vous commencez à vous trouver. Mon Frère, vous avez déjà manifestement changé d’attitude à notre égard : qu’est-ce qui pourrait empêcher une parfaite compréhension mutuelle un jour ?

La proposition de M. Hume a été dûment et soigneusement considérée. Il vous avisera, sans doute, des résultats que je lui ai indiqués dans ma lettre. Qu’il essaie aussi loyalement que vous de mettre à l’épreuve nos "méthodes d’action" - c’est une autre question. Notre Maha (le "Chef") m’a autorisé à correspondre avec vous deux et même - au cas où une Branche Anglo-Indienne serait formée - à me mettre quelque jour en contact personnel avec elle. Maintenant, cela dépend entièrement de vous. Je ne puis vous en dire davantage. Vous avez tout à fait raison : la position de nos amis dans le monde anglo-indien a été matériellement améliorée par la visite de Simla ; et il est vrai aussi, quoique votre modestie s’abstienne de le dire, que c’est à vous principalement que nous le devons. Mais, en mettant tout à fait à part les fâcheux incidents des journaux de Bombay, il n’est pas possible, dans le cas le plus favorable, que vos compatriotes témoignent aux nôtres beaucoup plus qu’une bienveillante neutralité. Il y a un si faible point de contact entre les deux civilisations qu’ils représentent respectivement, qu’on peut presque dire qu’elles ne se touchent pas du tout. Et elles ne se toucheraient pas du tout n’eussent été les rares personnes (excentriques, dirai-je ?) qui, comme vous, font des rêves meilleurs et plus hardis que les autres et, forçant à réfléchir, rapprochent les deux civilisations par leur audace admirable. Vous est-il apparu qu’il se peut que les deux publications de Bombay, si elles n’ont pas été suggérées, n’ont du moins pas été empêchées par ceux qui auraient pu le faire, parce qu’ils voyaient la nécessité d’une telle grande agitation en vue d’obtenir un double résultat : 1°) produire une diversion nécessaire après la bombe de la Broche, et 2°) mettre peut-être à l’épreuve la force de votre intérêt personnel pour l’occultisme et la Théosophie ? Je ne dis pas qu’il en fut réellement ainsi ; je demande seulement si une telle éventualité s’est jamais présentée à votre esprit. Je vous ai déjà fait savoir que si les détails fournis dans la lettre volée avaient été indiqués à l’avance par le Pioneer - endroit beaucoup mieux approprié où ils auraient été présentés plus avantageusement - personne n’aurait eu le moindre intérêt à voler ce document pour le Times of India, et, par conséquent, aucun nom n’aurait paru.

Le Colonel Olcott n’est sans doute "pas en accord avec les sentiments des Anglais" des deux classes, mais cependant beaucoup plus en accord avec nous que ces deux classes. Nous pouvons avoir confiance en lui en toutes circonstances et son fidèle service nous est assuré quoi qu’il advienne.

Mon cher Frère, ma voix est l’écho de la justice impartiale. Où pouvons-nous trouver un dévouement égal ? C’est quelqu’un qui jamais ne questionne, mais obéit ; qui peut faire d’innombrables erreurs par zèle excessif, mais jamais n’hésite à réparer sa faute même au prix de la plus grande humiliation ; qui estime qu’il doit faire joyeusement le sacrifice de son confort et même de sa vie si cela est nécessaire ; qui mange n’importe quoi, ou même rien du tout ; dort dans n’importe quel lit, travaille n’importe où, fraternise avec n’importe quel hors-caste, endure n’importe quelle privation pour la cause...

J’admets que ses rapports avec une Branche anglo-indienne seraient "un mal" - il n’aura donc pas plus affaire à elle qu’à la Britannique (Branche de Londres). Ses rapports avec elle seront purement nominaux si vous établissez vos Règles plus soigneusement que les leurs et si vous donnez à votre organisation un système de Gouvernement autonome tel qu’il ne nécessitera que rarement, sinon jamais, une intervention extérieure. Mais former une Branche anglo-indienne, indépendante, ayant totalement ou partiellement les mêmes buts que la Société-Mère, et avec les mêmes directeurs dans la coulisse, serait non seulement porter un coup mortel à la Société Théosophique, mais aussi nous imposer un labeur et un souci doubles, sans qu’aucun de nous puisse apercevoir en compensation le plus petit avantage. La Société-Mère n’est jamais intervenue le moins du monde dans les affaires de la British Theosophical Society, ni en vérité dans celle d’aucune autre Branche, soit religieuse, soit philosophique. Ayant formé, ou fait former une Branche nouvelle, la Société-Mère lui délivre sa charte (ce qu’elle ne peut faire maintenant sans notre sanction et nos signatures) et ensuite se retire habituellement dans la coulisse, comme vous diriez. Ses autres rapports avec les Branches qui lui sont assujetties sont limités à la réception trimestrielle des rapports sur leurs activités et des listes de nouveaux membres, la ratification des expulsions - seulement lorsque la Société est spécialement appelée à intervenir comme arbitre en raison de la liaison directe des Fondateurs avec nous - etc., etc... Jamais elle ne se mêle autrement de leurs affaires, excepté quand on y a recours comme à une sorte de cour d’appel. Et, puisque cette dernière intervention dépend de vous, qu’est-ce qui empêche votre Société de demeurer virtuellement indépendante ? Nous sommes même plus généreux que vous, Britanniques, ne l’êtes pour nous. Nous ne vous forcerons pas à avoir, ni même ne vous demanderons pas d’admettre un "Résident" Hindou dans votre Société pour veiller aux - intérêts du Pouvoir Paternel Suprême, après vous avoir déclarés indépendants, mais implicitement nous nous fierons à votre loyauté et à votre parole d’honneur. Mais si vous détestez l’idée d’une supervision exécutive purement nominale par le Colonel Olcott - un Américain de votre propre race -, vous vous rebelleriez sûrement contre l’autorité d’un Hindou, dont les habitudes et les méthodes sont celles de son peuple et dont, en dépit de votre bienveillance naturelle, vous n’avez même pas encore appris à tolérer la race, encore moins à l’aimer ou à la respecter.

Réfléchissez bien avant de nous demander notre direction. Nos adeptes les meilleurs, les plus instruits et les plus saints appartiennent aux races des "Tibétains graisseux" et des Penjabi Singhs - vous savez que le lion est proverbialement une bête sale et agressive, en dépit de sa force et de son courage. Est-il certain que vos bons compatriotes pardonneraient plus aisément nos solécismes hindous concernant les manières, que ceux de leurs propres parents d’Amérique ? Si mes observations ne m’ont pas trompé, je dirais que c’est douteux. Les préjugés nationaux sont susceptibles d’obscurcir les lunettes de quiconque. Vous dites : "Combien nous serions heureux si vous étiez vous-même notre guide", voulant dire par là votre indigne correspondant. Mon bon frère, êtes-vous certain que l’impression agréable que vous pouvez avoir maintenant d’après notre correspondance ne serait pas instantanément détruite si vous me voyiez ? Et lequel de nos saints Shaberons a eu en partage comme moi le bénéfice d’un peu d’éducation universitaire et d’une légère teinture des manières européennes ? Un exemple : je désirais que Mme B. choisît parmi les deux ou trois Aryens du Pendjab qui étudient la Yog Vidya et sont des mystiques naturels, quelqu’un que je pusse désigner (sans trop me révéler à lui) comme intermédiaire entre vous et nous, étant désireux de vous le dépêcher, avec une lettre d’introduction, pour qu’il vous parlât du Yoga et de ses effets pratiques. Ce jeune homme, qui est aussi pur que la pureté même, dont les pensées et les aspirations sont de l’espèce ennoblissante la plus spirituelle et qui, uniquement par ses propres efforts, peut pénétrer dans les régions des mondes sans forme - ce jeune homme n’est pas adapté à... un salon. Lui ayant expliqué que le plus grand bien pourrait en résulter pour son pays, s’il vous aidait à organiser une Branche de mystiques anglais, en leur prouvant pratiquement à quels merveilleux résultats conduit l’étude du Yog, Mme B. lui demanda, en termes prudents et très délicats, de changer son vêtement et son turban avant de partir pour Allahabad - car bien qu’elle ne lui donnât pas cette raison, ils étaient très sales et sans soin. Vous informerez M. Sinnett, dit-elle, que vous lui apportez une lettre de notre Frère K., avec lequel il correspond. Mais s’il vous demande quoi que ce soit sur lui ou les autres Frères, répondez-lui simplement et sincèrement qu’il ne vous est pas permis de vous étendre à ce sujet. Parlez du Yog et prouvez-lui quels pouvoirs vous avez atteints. Ce jeune homme, qui avait consenti, écrivit peu après la curieuse lettre suivante : "Madame", déclarait-il, "vous qui prêchez les plus hauts préceptes de moralité, de véracité, etc., vous voudriez me faire jouer le rôle d’un imposteur. Vous me demandez de changer mes vêtements au risque de donner une fausse idée de ma personne et de mystifier un monsieur auquel vous m’envoyez. Et s’il me demandait si je connais personnellement Koot Hoomi, aurais-je à garder le silence, lui permettant ainsi de penser que je le connais ? Ce serait un mensonge tacite ; et m’en étant rendu coupable, je serais rejeté dans le terrible tourbillon de la transmigration !"

Voilà un exemple des difficultés parmi lesquelles nous avons à travailler. Ne pouvant vous envoyer un néophyte avant que vous ne soyez lié à nous par serment, il nous faut, soit ne vous envoyer personne, soit vous dépêcher quelqu’un qui vous choquerait s’il ne vous inspirait pas du dégoût ! La lettre lui aurait été donnée de ma propre main ; il devait seulement promettre de garder le silence sur des questions au sujet desquelles il ne tonnait rien et dont il n’eût donné qu’une fausse idée et se donner une apparence plus propre. Encore les préjugés et la lettre morte. Pendant plus d’un millier d’années - dit Michelet - les Saints Chrétiens ne se lavèrent jamais ! Pendant combien de temps nos Saints redouteront-ils de changer de vêtements par crainte d’être pris pour des Marmaliks et des néophytes de sectes rivales et plus propres ?

Mais de telles difficultés qui sont les nôtres ne doivent pas vous empêcher de commencer votre travail. Le Colonel O. et Mme B. paraissant consentir à devenir personnellement responsables de vous et de M. Hume, si vous êtes prêt, vous-même, à répondre de la fidélité de l’homme que votre groupe choisira pour chef de la Société Théosophique anglo-indienne, nous voulons bien que l’essai soit fait. Vous avez le champ libre ; et nul ne sera autorisé à intervenir dans vos affaires si ce n’est moi, au nom de nos Chefs, dès lors que vous me faites l’honneur de me préférer aux autres. Cependant, avant de construire une maison, on fait le plan. Supposons que vous traciez une esquisse de la constitution et de la direction de la Société anglo-indienne que vous avez dans l’esprit et que vous la soumettiez à notre examen ? Si nos Chefs l’agréent - et ce n’est sûrement pas eux qui feront obstacle à l’universelle marche en avant ou qui retarderont ce mouvement vers un but plus élevé - alors vous aurez aussitôt votre Charte. Mais ils doivent d’abord voir le plan ; et je dois vous demander de vous rappeler que la nouvelle Société ne sera pas autorisée à se séparer de la Société-Mère, quoique vous ayez la liberté de diriger vos affaires à votre propre façon sans crainte de la plus petite intervention de son Président, tant que vous ne violerez pas les Règles générales. Et, sur ce point, je vous renvoie à la règle 9. C’est la première suggestion pratique venant d’un "habitant des cavernes" Cis et TransHimalayen, que vous avez honoré de votre confiance.

Et maintenant, arrivons-en à ce qui vous concerne personnellement. Loin de moi la pensée de décourager quelqu’un aussi plein de bonne volonté que vous en élevant devant votre progrès d’infranchissables barrières. Nous ne nous lamentons jamais devant l’inévitable, mais essayons de tirer le mieux du pire. Quoique nous ne poussions ni n’attirions jamais dans le mystérieux domaine de la nature occulte ceux qui sont peu disposés à y pénétrer et bien que nous n’hésitions jamais à exprimer librement et sans crainte nos opinions, nous sommes cependant toujours tout aussi prêts à assister ceux qui viennent vers nous ; même jusqu’aux agnostiques qui adoptent cette position négative ; "ne connaître que les phénomènes et refuser de croire à quoi que ce soit d’autre". Il est vrai que l’homme marié ne peut être un adepte, pourtant sans s’efforcer de devenir un "Raja Yogi", il peut acquérir certains pouvoirs et faire autant de bien au genre humain, et souvent plus, en demeurant dans les limites de son monde à lui. Par conséquent, nous ne vous demanderons pas de changer précipitamment vos habitudes de vie bien établies, avant que vous ne soyez pleinement convaincu de la nécessité et de l’avantage de ce changement. Vous êtes un homme qu’on doit laisser se diriger lui-même et qui peut être ainsi laissé sans danger. Votre résolution est prise de méditer beaucoup : le temps fera le reste.

Il y a plus d’une voie pour acquérir la connaissance occulte : "Nombreux sont les grains d’encens destinés à un seul et même autel : l’un tombe plus tôt dans le feu, l’autre plus tard - la différence de temps n’est rien", a dit un grand homme quand lui furent refusées l’admission et la suprême initiation aux mystères. Il y a une nuance de récrimination dans votre question au sujet du renouvellement de la vision que vous eûtes dans la nuit qui précéda le jour du pique-nique. Il me semble que si vous aviez une vision chaque nuit, vous cesseriez bientôt d’y attacher du prix. Mais il y a une raison beaucoup plus importante pour que vous n’en soyez pas rassasié - ce serait un gaspillage de notre force. Aussi fréquemment que moi, ou l’un de nous, pourra communiquer avec vous, par rêves, par impressions à l’état de veille, par lettres (à l’intérieur ou à l’extérieur de coussins) ou par visites personnelles en forme astrale - ce sera fait. Mais souvenez-vous que Simla est à 7.000 pieds plus haut qu’Allahabad et que les difficultés à surmonter dans cette dernière ville sont énormes. Je m’abstiens de vous encourager à trop espérer, car, comme vous, je déteste promettre ce que, pour des raisons diverses, je ne pourrais peut-être pas accomplir. La "Fraternité Universelle" n’est pas une expression creuse. L’Humanité, dans son ensemble, a sur nous des droits suprêmes, comme j’essaie de l’expliquer dans ma lettre à M. Hume, que vous feriez mieux de lui demander de vous prêter. C’est le seul fondement solide de la moralité universelle.

Si c’est un rêve, c’en est du moins un noble pour le genre humain, et c’est l’aspiration du véritable adepte.

Fidèlement vôtre,

KOOT’ HOOMI LAL SINGH



Lettre de Koot’ Hoomi Lal Singh.

Koot Hoomi Lal Singh lettre V : J’ai votre lettre du 19 novembre...

Koot’ Hoomi Lal Singh lettre à A.P. Sinnett


Koot Hoomi Lal Singh :LETTRE N° V.

Mon cher Ami,

J’ai votre lettre du 19 novembre, extraite de son enveloppe, à Meerut, par notre osmose spéciale, et celle recommandée que vous adressiez à notre "vieille dame" a continué sa route, dans sa coquille à moitié vide, jusqu’à Cawnpore, pour la faire tempêter après moi... Mais elle est trop faible pour jouer au postier astral en ce moment. Je suis fâché de voir qu’elle s’est une fois de plus montrée inexacte et vous a induit en erreur ; mais c’est surtout ma faute, car je néglige fréquemment de faire une friction supplémentaire sur sa pauvre tête malade, maintenant qu’elle oublie et mêle les choses plus que d’habitude. Je ne lui avais pas demandé de vous dire "d’abandonner l’idée de la Branche anglo-indienne, parce que rien n’en sortirait", mais "d’abandonner l’idée de la Branche anglo-indienne en coopération avec M. Hume, parce que rien n’en sortirait". Je vous enverrai la réponse de celui-ci à ma lettre et mon épître finale, et vous jugerez par vous-même. Après lecture de cette dernière, voudriez-vous la fermer et la lui envoyer, en mentionnant simplement que vous agissez ainsi de ma part. A moins qu’il ne vous pose la question, il est mieux que vous ne lui fassiez pas savoir que vous avez lu sa lettre. Il en est peut-être fier, mais il ne le devrait pas.

Mon cher et bon ami, vous ne devez pas me garder rancune de ce que je lui dis des Anglais en général. Ils sont vraiment hautains. Vis-à-vis de nous spécialement, ce qui fait que nous considérons cela comme un trait national. Et vous ne devez pas confondre vos opinions particulières, surtout celles que vous avez en ce moment, avec celles de vos compatriotes en général... Peu, s’il y en a (excepté bien entendu les exceptions telles que vous-même, cas où l’intensité des aspirations fait rejeter toute autre considération) consentiraient jamais à avoir un "moricaud" comme guide ou comme chef, pas plus qu’une moderne Desdémone ne choisirait aujourd’hui un Othello indien. Le préjugé de race est intense, et même dans la libre Angleterre, nous sommes considérés comme une "race inférieure". Cette même note vibre dans vos propres remarques sur "un homme du peuple sans usage des bonnes manières" et "un étranger, mais un gentleman", celui-ci étant l’homme à préférer. Et il n’est pas probable que l’on excuserait chez un Hindou ce défaut de "bonnes manières", fût-il vingt fois "adepte" ; et ce même trait s’accuse dans la critique que fait le Vicomte Amberley du "Jésus sans éducation". Si vous aviez modifié votre phrase et dit : "un étranger mais pas un gentleman" (d’après les notions anglaises), vous n’auriez pas pu ajouter comme vous l’avez fait qu’il serait le plus apte. Pour cette raison, je répète que la majorité de nos Anglo-Indiens, pour qui le terme "Hindou" ou "Asiatique" est généralement lié à une idée vague et pourtant réelle de quelqu’un qui emploie ses doigts au lieu d’un morceau de batiste, et qui ignore le savon, préféreraient certainement un Américain à un "Tibétain graisseux".

Mais vous n’avez pas besoin de trembler pour moi. Toutes les fois que j’apparaîtrai (soit astralement, soit physiquement) devant mon ami A.P. Sinnett, je n’oublierai pas de dépenser une certaine somme à l’achat d’un carré de la plus fine soie de Chine pour mettre dans la poche de mon chogga, ni de créer une atmosphère de bois de santal ou de roses du Cachemire. C’est le moins que je puisse faire en réparation de la conduite de mes compatriotes. Mais, comme vous le voyez, je ne suis que l’esclave de mes maîtres ; et si je suis autorisé à donner cours à mes sentiments amicaux pour vous et à m’occuper de vous individuellement, il peut m’être interdit d’en faire autant pour d’autres. Et même, à dire vrai, je sais qu’il ne m’est pas permis de le faire, et la malheureuse lettre de M. Hume y a fort contribué. Il y a une section ou un groupe spécial de notre fraternité, qui s’occupe des arrivées fortuites et très rares parmi nous d’hommes d’une autre race, d’un autre sang et qui, pendant ce siècle, fit franchir le seuil au capitaine Remington et à deux autres Anglais. Et ces "Frères" - là n’usent généralement pas d’extraits de fleurs.

Ainsi, l’épreuve du 27 n’était pas un phénomène probant ?

Naturellement, naturellement. Mais avez-vous tenté de vous procurer, comme vous aviez dit que vous le feriez, le manuscrit original de la dépêche de Jhelum ? Quand même il serait prouvé que notre creuse mais pléthorique amie Mme B., est ma multum in parvo, celle qui écrit mes lettres et qu’elle fabrique mes épîtres, cependant, à moins d’être douée d’ubiquité ou d’avoir le don de voler d’Amritsar à Jhelum - une distance de plus de 200 miles - en deux minutes, comment aurait-elle pu avoir écrit pour moi la dépêche, de ma propre écriture, à Jhelum, à peine deux heures après que votre lettre eût été reçue par elle à Amritsar ! C’est pourquoi je n’étais pas fâché que vous vouliez vous la faire envoyer, car si vous aviez cette dépêche en votre possession, aucun "détracteur" ne serait bien convaincant et même la logique sceptique de M. Hume ne pourrait prévaloir.

Naturellement, vous imaginez que la "révélation sans indication des noms" (qui est maintenant répétée en Angleterre) aurait été attaquée encore bien plus ardemment qu’elle ne le fut par le Time of India si elle avait révélé les noms. Mais ici, encore, je vais vous prouver que vous vous trompez. Si vous aviez, le premier, imprimé le compte-rendu, le T. of I. n’aurait jamais publié : "Un jour avec Mme B.", puisque ce joli morceau de "recherche du sensationnel" américain n’aurait pas été du tout écrit par Olcott. Il n’aurait pas eu sa raison d’être. Soucieux de réunir pour sa Société toutes les preuves corroborant les pouvoirs occultes de ce qu’il appelle la première section, et voyant que vous gardiez le silence, notre brave Colonel sentit la main lui démanger, jusqu’à ce qu’il eût tout amené à la lumière, et... tout plongé dans l’obscurité et la consternation !... "Et voici pourquoi nous n’irons plus au bois" comme dit la chanson française. Aviez-vous écrit "tune" ? Bien, bien ; il faut que je vous demande de m’acheter une paire de lunettes à Londres. Et cependant, hors de "tune" (ton), ou de "time" c’est tout un semble t-il. Mais vous devriez adopter mon habitude démodée de mettre des "petits traits" sur les "m". Ces traits sont utiles, quoiqu’ils soient "hors du ton et de la mesure" par rapport à la calligraphie moderne. En outre, voulez-vous vous souvenir que mes lettres ne sont pas écrites, mais empreintes ou précipitées, et qu’ensuite toutes les erreurs sont corrigées.

Nous ne discuterons pas à présent pour savoir si vos buts et objets diffèrent tellement de ceux de M. Hume. Mais si celui-ci peut être poussé par une "philanthropie plus pure et plus large", sa façon de travailler pour atteindre ces buts ne le mènera jamais plus loin que des dissertations purement théoriques sur le sujet. Inutile maintenant d’essayer de le représenter sous un autre jour. Sa lettre que vous lirez bientôt, est, comme je le lui dis, "un monument d’orgueil et d’égoïsme inconscient". C’est un homme trop juste et trop supérieur pour être coupable de vanités mesquines ; mais son orgueil supérieur se hausse à l’égal du mythique Lucifer ; et vous pouvez me croire - si j’ai quelque expérience de la nature humaine - quand je vous dis que c’est là Hume au naturel. Ce n’est pas de ma part une conclusion hâtive basée sur quelque sentiment personnel, mais l’opinion du plus grand de nos adeptes vivants, le Shaberon de Than-La. Quelle que soit la question qu’il aborde, sa manière de la traiter est la même : une détermination opiniâtre ou bien de tout faire cadrer avec ses propres opinions, arrêtées à l’avance, ou bien de tout balayer par un flot de critiques ironiques et hostiles. M. Hume est un homme très habile et... Hume jusqu’à la moelle. Un tel état d’esprit a peu d’attraits, vous le comprendrez, pour ceux d’entre nous qui pourraient être tentés de lui venir en aide.

Non ; je ne "méprise" pas et je ne mépriserai jamais aucun "sentiment", quel que soit le degré avec lequel il heurte mes propres principes, quand il est exprimé aussi franchement et ouvertement que le vôtre. Vous êtes peut-être et même certainement mû par plus d’égotisme que de large bienveillance pour l’humanité. Cependant, comme vous le confessez sans monter sur des échasses philanthropiques, je vous dis franchement que vous avez bien plus de chances que M. Hume d’apprendre une bonne dose d’occultisme. En ce qui me concerne, je ferai tout ce que je pourrai pour vous, dans les circonstances actuelles, freiné comme je le suis par des ordres récents. Je ne vous dirai pas d’abandonner ceci ou cela, car à moins que vous ne montriez qu’à n’en pas douter il existe en vous les germes nécessaires, ce serait aussi inutile que cruel. Mais je dis : Essayez. Ne désespérez pas. Adjoignez-vous quelques hommes et quelques femmes déterminés et faites des expériences de mesmérisme et les habituels phénomènes prétendument "spirituels". Si vous agissez en accord avec les méthodes prescrites, vous êtes sûr d’obtenir finalement des résultats. En dehors de cela, je ferai de mon mieux, et - qui sait ? La volonté forte est créatrice et la sympathie attire même les adeptes dont les lois s’opposent à ce qu’ils se mêlent aux non-initiés. Si vous y consentez, je vous enverrai un Essai montrant pourquoi en Europe plus qu’ailleurs une "Fraternité Universelle", c’est-à-dire une association "d’affinités" de forces et de polarités magnétiques et puissantes encore que dissemblables, centrées autour d’une idée dominante, est nécessaire pour obtenir des résultats en sciences occultes. Ce qu’un seul ne réussira pas, plusieurs membres le réaliseront. Naturellement, vous aurez (au cas où vous organiserez quelque chose) à l’édifier avec Olcott, en tant que chef de la Société-Mère, et, de ce fait, président nominal de toutes les Branches existantes. Mais il ne sera pas plus votre "chef" qu’il n’est celui de la Société Théosophique Britannique, laquelle a son propre Président, ses propres Statuts et règlements. Il vous donnera votre charte et c’est tout. En quelques occasions, il aura à signer un papier ou deux - quatre fois par an les compte rendus envoyés par votre Secrétaire ; néanmoins, il n’a pas le droit d’intervenir dans votre administration ou dans votre manière d’agir, tant que celles-ci n’enfreignent pas les Statuts généraux ; et certainement il n’a ni la faculté, ni le désir d’être votre chef. Et naturellement vous (c’est-à-dire la Société tout entière) aurez, outre votre Président, choisi par vous-même, un "professeur qualifié d’occultisme" pour vous instruire.

Mais, mon bon ami, abandonnez toute idée que ce "Professeur" puisse physiquement apparaître pour vous instruire, pendant des années. Je pourrai venir à vous personnellement - à moins que vous ne m’éloigniez comme le fit M. Hume - je ne peux pas venir pour tous. Vous pouvez obtenir des phénomènes et des preuves, mais même si vous veniez à tomber dans la vieille erreur de les attribuer aux "Esprits", nous, ne pourrions vous montrer votre erreur que par des explications philosophiques et logiques ; aucun adepte ne pourrait être autorisé à assister à vos séances. Bien sûr, il faut écrire votre livre. Je ne vois pas pourquoi en tout cas ce serait impossible. Ecrivez-le donc, et toute l’aide que je pourrai vous donner, je vous la donnerai. Vous devriez entrer immédiatement en correspondance avec Lord Lindsay, et prendre pour sujet les phénomènes de Simla et votre correspondance avec moi. Il est intensément intéressé par toutes ces expériences, et étant théosophe et membre du Conseil Général, il répondra sûrement à vos avances. Basez-vous sur le fait que vous appartenez à la Société Théosophique, que vous êtes le directeur bien connu du Pioneer et que, sachant quel grand intérêt il prend aux phénomènes "spirituels", vous lui soumettez les choses très extraordinaires qui eurent lieu à Simla, avec tels et tels détails additionnels qui n’ont pas été publiés. Les meilleurs des spirites britanniques pourraient, si l’on s’y prend bien, être convertis en Théosophes. Mais ni le Dr Wyld, ni M. Massey ne semblent avoir la force nécessaire. Je vous conseille de conférer personnellement avec Lord Lindsay sur la situation théosophique en Angleterre et dans l’Inde. Peut-être pourriez-vous travailler ensemble tous les deux.

La correspondance que je suggère maintenant frayera le chemin. Même si Mme B. pouvait "être amenée" à donner à la Société Anglo-indienne quelque "instruction pratique", je crains qu’elle ne soit demeurée trop longtemps en dehors de l’adytum pour être de grande utilité pour des explications pratiques. Cependant, bien que cela ne dépende pas de moi, je verrai ce que je peux faire dans ce sens. Mais je crains qu’elle n’ait terriblement besoin de quelques mois de villégiature régénératrice sur les glaciers, avec son vieux Maître, avant qu’on ne puisse lui confier une tâche si difficile. Soyez très prudent avec elle au cas où elle, s’arrêterait chez vous en retournant chez elle. Son système nerveux est terriblement ébranlé, et il exige beaucoup d’attentions. Voulez-vous, je vous prie, m’épargner une peine inutile en m’informant de l’année, de la date et de l’heure de la naissance de Mme Sinnett.

Toujours sincèrement vôtre,

KOOT’ HOOMI



Lettre de Koot’ Hoomi Lal Singh.

Koot Hoomi Lal Singh lettre VI : Vous n’écrivez pas trop

Koot’ Hoomi Lal Singh lettre à A.P. Sinnett


Koot Hoomi Lal Singh :LETTRE N° VI.

  • Reçue à Allahabad, vers le 10 décembre 1880

Non, vous "n’écrivez pas trop". Je regrette seulement de n’avoir que si peu de temps à ma disposition, ce qui m’empêche de vous répondre aussi rapidement que je le voudrais. Bien entendu, il faut que je lise chaque mot que vous écrivez : autrement j’en ferais un beau gâchis. Et que ce soit avec ma vue physique ou avec ma vue spirituelle, le temps nécessaire pour cela est pratiquement le même.

Je puis en dire autant de mes réponses, car, soit que je les "précipite", que je les dicte ou que je les écrive moi-même, la différence est très minime en temps épargné. Il faut que je pense, que je photographie chaque mot et chaque phrase soigneusement dans mon cerveau avant qu’ils puissent être reproduits par "précipitation". Comme la fixation des images par l’appareil photographique sur des surfaces chimiquement préparées nécessite une mise au point et un arrangement

préalable de l’objet à représenter, car autrement (ainsi qu’il arrive souvent dans de mauvaises photographies) les pieds de celui qui pose pourraient apparaître hors de proportion avec la tête, et ainsi de suite, de même nous devons d’abord arranger nos phrases et imprimer, dans notre mental, toutes les lettres qui doivent apparaître sur le papier, avant qu’elles puissent être lues. Pour le présent, c’est tout ce que je peux vous dire. Quand la science aura étudié davantage le mystère du lithophyle (ou lithobiblion) et comment l’impression de feuilles se forme à l’origine sur des pierres, alors je serai à même de vous faire mieux comprendre le processus. Mais vous devez savoir et vous rappeler une chose : nous ne faisons que suivre et copier servilement la nature dans ses oeuvres.

Non ; nous n’avons pas besoin de discuter plus longuement au sujet de cette malheureuse question d’un "Jour avec Mme B.". C’est d’autant plus inutile que vous dites que vous n’avez pas le droit d’écraser et de mettre en pièces, dans le Pioneer, vos adversaires incivils et souvent grossiers (même pour votre propre défense) les propriétaires s’opposant à ce qu’il soit fait aucune mention de l’occultisme. Comme ils sont chrétiens, ce n’est pas très étonnant. Soyons charitables et espérons qu’ils trouveront leur récompense, c’est-à-dire deviendront à la mort des anges de lumière et de Vérité - les pauvres ailés du ciel chrétien.

A moins que vous ne réunissiez plusieurs personnes et les organisiez d’une façon ou d’une autre, je crains de ne pas vous être pratiquement d’un grand secours. Mon cher ami, j’ai moi aussi mes "propriétaires". Pour des raisons qu’ils connaissent mieux que personne, ils ont rejeté toute idée d’instruire des individus isolés. Je correspondrai avec vous et vous donnerai de temps en temps des preuves de ma présence et de mon existence. Vous enseigner et vous instruire est une toute autre affaire. Il est donc plus qu’inutile d’avoir une séance avec votre femme. Vos magnétismes sont trop similaires et vous n’obtiendrez rien. Je traduirai mon Essai et vous l’enverrai aussitôt que je pourrai. Votre idée de correspondre avec vos amis et associés est la meilleure chose à faire maintenant. Mais ne manquez pas d’écrire à Lord Lindsay.

Je suis un peu "trop dur" pour Hume, dites-vous. Le suis-je ? C’est une nature hautement intellectuelle et, je l’avoue, spirituelle aussi. Cependant, il est des pieds à la tête "M. Oracle".

Il est possible que ce soit la richesse même de ce grand intellect qui cherche une issue par toutes les fentes et ne perd jamais une occasion de soulager la plénitude de ce cerveau débordant de pensée. Ne trouvant, dans sa calme vie quotidienne, qu’un champ trop maigre, avec seulement "Moggy" et Davison à ensemencer son intellect fait éclater la digue et fonce sur chaque évènement imaginé, sur chaque fait possible quoique improbable que peut suggérer son imagination, pour l’interpréter d’une manière conforme à ses propres conjectures. Je ne m’étonne pas non plus qu’un aussi habile façonneur de mosaïques intellectuelles, découvrant soudainement la plus fertile des carrières, le plus précieux des magasins de couleurs, dans cette idée de notre Fraternité et de la Société Théosophique, y puise des ingrédients pour en barbouiller nos visages. Nous plaçant devant un miroir qui nous reflète tels que lui-même nous découvre dans sa propre imagination fertile, il nous dit : "Maintenant, reliques moisies d’un passé moisi, contemplez-vous tels que vous êtes réellement" - Un très, très excellent homme, notre ami M. Hume, mais complètement inapte à être modelé en adepte.

Il semble comprendre aussi peu et même beaucoup moins que vous notre but réel en formant une Branche anglo-indienne. Les vérités et les mystères de l’occultisme constituent véritablement un corps de la plus haute importance spirituelle, à la fois profonds et pratiques pour le monde entier.

Ce n’est pas toutefois comme une simple addition à la masse compliquée des théories et des spéculations du monde de la science, qu’ils vous sont donnés, mais à cause de leur portée pratique en ce qui concerne les intérêts de l’humanité. Les termes : "non-scientifiques", "impossibles", "hallucination", "imposteur" ont été, jusqu’ici, employés d’une façon très vague et inconsidérée, pour donner à entendre que les phénomènes occultes ont quelque chose de mystérieux et d’anormal, ou sont une imposture préméditée. Et c’est pourquoi nos Chefs ont décidé de répandre dans quelques esprits réceptifs plus de lumière à ce sujet et de leur prouver que de telles manifestations sont aussi réductibles à des lois que les plus simples phénomènes de l’univers physique. Les prétendus sages disent : "L’âge des miracles est passé" - mais nous répondons : "Il n’a jamais existé !". Tout en n’étant pas uniques ou sans contrepartie dans l’histoire universelle, ces phénomènes doivent avoir et auront une influence irrésistible sur le monde des sceptiques et des bigots. Ils doivent se montrer à la fois destructifs et constructifs - destructifs des erreurs pernicieuses du passé, des vieilles croyances et des superstitions qui, semblables à l’herbe mexicaine, étouffent de leur étreinte empoisonnée presque toute l’Humanité ; mais constructifs de nouvelles institutions d’une Fraternité authentique et pratique de l’Humanité, ou tous deviendront collaborateurs de la Nature, travailleront pour le bien de l’humanité avec et par les hauts Esprits Planétaires, les seuls "Esprits" auxquels nous croyons.

Des éléments phénoménaux auxquels on ne pensait pas auparavant (et auxquels on ne songeait pas), commenceront bientôt à se manifester, jour après jour, avec une force sans cesse accrue, et découvriront à la fin les secrets de leur mystérieuse action. Platon avait raison : les idées mènent le Monde et, à mesure que les esprits humains recevront de nouvelles idées, mettant de côté celles qui sont vieilles et usées, le monde avancera. De puissantes révolutions en jailliront ; des croyances et même des puissances s’écrouleront devant leur marche en avant, écrasées par leur force irrésistible. Ce sera tout aussi impossible lorsque le temps arrivera de résister à leur flot que d’arrêter le progrès de la marée. Mais tout cela se réalisera graduellement et, avant que cela n’arrive, un devoir s’impose à nous : celui de balayer autant que possible les déchets que nous ont légués nos pieux ancêtres. De nouvelles idées doivent être plantées dans des endroits propres car ces idées touchent aux sujets les plus importants. Il ne s’agit pas des phénomènes physiques, mais des idées universelles que nous étudions, car pour comprendre les premiers nous devons d’abord comprendre les dernières. Elles se rapportent à la véritable position de l’homme dans l’Univers en relation avec ses précédentes et futures naissances, son origine et sa destinée ultime, la relation du mortel et de 1’immortel ; du temporaire et de l’éternel ; du fini et de l’infini. Idées plus vastes, plus grandes, plus compréhensives, reconnaissant le règne universel de la Loi Immuable, inchangeante et inchangeable, vis-à-vis de laquelle il n’existe qu’un ETERNEL MAINTENANT, tandis que, pour les mortels non-initiés, relativement à leur existence finie sur ce grain de poussière matériel, le temps est ou passé ou futur. Voilà les problèmes que nous étudions et que beaucoup ont résolus.

Et maintenant, c’est à vous de décider ce que vous aurez la philosophie la plus haute, ou de simples exhibitions de pouvoirs occultes. Certes, cela n’est pas, loin de là, le dernier mot entre nous - et vous aurez le temps d’y réfléchir. Les Chefs ont besoin qu’ "une Fraternité de l’Humanité", une réelle Fraternité Universelle soit instaurée, une institution qui se fasse connaître à travers le monde entier et retienne l’attention des esprits les plus élevés. Je vous enverrai mon Essai. Voulez-vous être mon collaborateur et, attendre patiemment la production de phénomènes mineurs ? Je pense que je prévois la réponse. En tout cas, la lampe sacrée de la lumière spirituelle brûlant en vous (quoique faiblement), il y a de l’espoir pour vous - et pour moi aussi. Oui ; mettez-vous à la recherche d’indigènes s’il n’est pas possible d’avoir des Anglais. Mais pensez-vous que l’esprit et le pouvoir de la persécution aient disparu de cet âge éclairé ? Le temps le prouvera. En attendant, étant humain, je dois me reposer.

Je n’ai pas dormi depuis plus de 60 heures.

Toujours vraiment vôtre.

KOOT HOOMI



Lettre de Koot’ Hoomi Lal Singh.

Koot Hoomi Lal Singh lettre VII : il n’y a aucune faute...

Koot’ Hoomi Lal Singh lettre à A.P. Sinnett


Koot Hoomi Lal Singh :LETTRE N° VII.

  • Incluse dans une lettre de Mme B. venant de Bombay Reçue le 30 janvier 1881

Il n’y a aucune faute de votre part en toute cette affaire. Je suis fâché que vous pensiez que je vous impute une faute quelconque. C’est vous, au contraire, qui pourriez presque vous sentir autorisé à me blâmer, moi, de vous avoir donné des espérances sans avoir l’ombre d’un droit de le faire. J’aurais dû être moins optimiste et alors vous n’auriez pas été si confiant dans votre attente. Il me semble réellement que je vous ai lésé ! Heureux, trois fois heureux et bénis sont ceux qui n’ont jamais consenti à visiter le monde qui s’étend par-delà leurs montagnes couronnées de neige ; ceux dont les yeux physiques n’ont jamais cessé de contempler un seul jour la chaîne sans fin de nos montagnes et la longue ligne ininterrompue des neiges éternelles ! Vraiment et sans aucun doute, ils ont trouvé leur Ultima Thule, et ils y vivent... Pourquoi dire que vous êtes une victime des circonstances, puisque rien n’est encore sérieusement changé et que beaucoup, sinon tout, dépend de ce qui arrivera ultérieurement ? On ne vous a pas demandé de faire une révolution dans vos habitudes de vie et on n’attendait pas de vous que vous la fissiez. Mais en même temps vous étiez prévenu de ne pas trop espérer en demeurant comme vous êtes. Si vous lisez entre les lignes, vous devez avoir remarqué ce que j’ai dit touchant la marge très étroite qui m’est laissée pour agir à ma guise à ce sujet. Mais ne soyez pas découragé car tout cela n’est qu’une question de temps. Le monde n’a pas été produit entre deux moussons, mon bon ami. Si vous étiez venu à moi à l’âge de dix-sept ans, avant que le monde n’ait mis sur vous sa lourde main, votre tâche eût été vingt fois plus aisée.

Maintenant nous devons vous prendre, et vous devez vous voir, tel que vous êtes, et non pareil à l’image humaine idéale que notre imagination émotionnelle projette toujours pour nous sur le miroir. Soyez patient, ami et frère ; et je vous répète encore : soyez notre efficace collaborateur ; mais dans votre propre sphère en accord avec votre jugement le plus mûr. Puisque notre vénérable Khobilgan a décrété dans sa sage prévision que je n’avais pas le droit de vous encourager à entrer sur un sentier où vous auriez à rouler le rocher de Sisyphe, retenu comme vous le seriez sûrement par vos devoirs antérieurs et sacrés, nous devons réellement attendre. Je sais que vos motifs sont sincères et loyaux, et qu’un changement réel dans la bonne direction s’est fait en vous - bien que, même pour vous, ce changement soit imperceptible. Les chefs le savent aussi, mais, disent-ils, les motifs sont des vapeurs aussi ténues que l’humidité atmosphérique ; et, comme celle-ci ne développe son énergie dynamique pour l’usage de l’homme que lorsqu’elle est concentrée et employée comme vapeur ou pouvoir hydraulique, de même on aperçoit plus la valeur pratique des bons motifs quand ils prennent la forme d’actions... "Oui, nous attendrons et nous verrons", disent-ils. Je vous ai dit maintenant tout ce que j’ai jamais eu le droit de vous dire. Vous avez plus d’une fois déjà aidé cette Société, même quand vous-même n’y attachiez pas grande importance et ces actions sont enregistrées. Et même elles sont plus méritoires de votre part qu’elles ne le seraient de la part d’un autre, si l’on considère votre opinion bien arrêtée au sujet de cette pauvre organisation actuelle. Et vous avez par là gagné un ami (bien plus élevé et meilleur que moi) qui m’aidera à l’avenir à défendre votre cause, et qui est à même de le faire beaucoup plus efficacement que moi, car il appartient à la "Section étrangère".

Je crois que j’ai exposé pour vous les lignes générales d’après lesquelles nous souhaitons que se déroule (s’il est possible) le travail d’organisation de la Branche anglo-indienne ; les détails doivent vous être laissés (si vous êtes encore désireux de m’aider). Si vous avez quelque chose à dire ou quelque question à poser, il vaut mieux que vous m’écriviez et je répondrai toujours à vos lettres. Mais ne

demandez pas de phénomènes pendant quelque temps, car ce sont de telles manifestations méprisables qui, actuellement, vous barrent la route.

Toujours vraiment vôtre.

K.H.



Lettre de Koot’ Hoomi Lal Singh.

Koot Hoomi Lal Singh Lettre VIII a : Mon cher ami...

Koot’ Hoomi Lal Singh lettre à A.P. Sinnett


Koot Hoomi Lal Singh :LETTRE N° VIII a.

  • Reçue par l’intermédiaire de Mme B. vers le 20 février 1881.

Mon cher ami, vous êtes certainement dans le droit chemin, le sentier des oeuvres et des actions et pas seulement des mots. Puissiez-vous vivre longtemps et préserver !... J’espère que cela ne sera pas regardé par vous comme un encouragement à être "goody goody"

(Expression anglaise signifiant "d’une sagesse exagérée, d’une bonté affectée, d’une moralité agaçante" (N.d.T.).)

- une heureuse expression qui m’a fait rire - mais vous arrivez en vérité comme une sorte de Kalki Avatar dissipant les ombres du "Kali Youg", la sombre nuit de la Société Théosophique expirante, et chassant devant vous la fata morgana de ses Statuts. Je dois faire apparaître le mot fecit accolé à votre nom, en caractères invisibles mais indélébiles, sur la liste du Conseil Général, car ce sera peut-être un jour une porte dérobée conduisant au coeur du plus sévère des Khobilgans...

Quoique fort occupé - hélas ! comme d’habitude - il faut que je vous envoie une lettre d’adieu assez longue avant que vous ne fassiez un voyage qui peut avoir les résultats les plus importants - et pas seulement pour notre cause... Vous comprenez, n’est-ce pas, que ce n’est pas ma faute si je ne puis pas vous rencontrer comme je le voudrais ? Ce n’est pas non plus la vôtre, mais c’est plutôt dû à l’entourage de toute votre vie, et à une tâche spéciale et délicate qui m’a été confiée depuis que je vous connais. Ne me blâmez donc pas si je ne me montre pas sous une forme plus tangible, comme non seulement vous, mais moi-même aussi le désirerions. Alors qu’il ne m’est pas permis de le faire pour Olcott (qui a travaillé pour nous avec acharnement pendant ces cinq dernières années) comment le pourrais-je pour d’autres qui n’ont pas encore été soumis à son entraînement ? Cela s’applique également au cas de Lord Crawford et Balcarres, un excellent gentilhomme, prisonnier du monde. C’est une nature sincère et noble, mais peut-être un peu trop réprimée. Il demande quel espoir il peut entretenir ? Je lui réponds : tout espoir. Car il a en lui ce que bien peu possèdent : une source intarissable de fluide magnétique qu’il ferait jaillir à torrents si seulement il en avait le temps, et sans avoir besoin d’autre maître que lui-même. Ses propres pouvoirs feraient le travail et sa grande expérience personnelle serait pour lui un guide sûr.

Mais il aurait à se garder contre toutes les influences étrangères et à les rejeter, spécialement celles qui sont contraires à l’étude plus noble de l’homme en tant que Brahm intégral, en tant que microcosme libre et entièrement indépendant de l’aide ou du contrôle des agents invisibles que la "nouvelle dispensation" (expression boursouflée !) appelle "Esprits". Sa Seigneurie comprendra ce que je veux dire sans autre explication : il peut lire cela, s’il le désire, et si les opinions d’un Hindou obscur l’intéressent. S’il était pauvre, il aurait pu devenir un Dupotet anglais, ayant en plus de grandes connaissances en science exacte. Mais, hélas ! ce que la pairie a gagné, la psychologie l’a perdu... Et cependant, il n’est pas trop tard. Mais voyez comment, même après avoir maîtrisé la science magnétique et consacré son puissant esprit à l’étude des plus nobles branches de la science exacte, lui-même n’a pu soulever plus qu’un petit coin du voile du mystère.

Ah ! quel monde tourbillonnant, ostentatoire et étincelant, plein d’insatiable ambition, où la famille et l’Etat se partagent la nature supérieure d’un homme comme deux tigres un cadavre, et le laissent sans espoir ni lumière ! Combien de recrues nous viendraient de ce monde-là si aucun sacrifice n’était exigé ! La lettre que Sa Seigneurie vous a écrite donne une impression de sincérité teintée de regret. C’est un homme bon au fond, avec la capacité latente d’être bien meilleur et plus heureux. Si sa destinée n’avait été dirigée comme elle le fut, et si sa force intellectuelle avait été tournée vers la culture de l’Ame, il aurait accompli beaucoup plus de choses qu’il n’en rêva jamais. C’est avec une telle étoffe que l’on faisait les adeptes aux jours de la gloire aryenne. Mais je ne dois pas m’étendre plus longtemps sur son cas ; et je demande pardon à Sa Seigneurie si, dans l’amertume de mes regrets, j’ai outrepassé en quoi que ce soit, les bornes permises au cours de cette trop libre "esquisse psychométrique de caractère" comme diraient les médiums américains... "La pleine mesure seule limite l’excès". Mais, je n’ose aller plus loin. Ah ! mon trop positif et pourtant impatient ami, si seulement vous aviez de pareilles capacités latentes !

La "communication directe" avec moi dont vous parlez dans votre note supplémentaire, et "l’énorme avantage" qu’elle procurerait "à la préparation du livre si elle pouvait être accordée" serait déjà donnée si cela ne dépendait que de moi seul. Bien que souvent, il ne soit pas judicieux de se répéter, je suis si désireux que vous compreniez l’impossibilité actuelle d’un tel arrangement, fût-il même permis par nos Supérieurs, que je vais me permettre un bref retour en arrière sur des principes déjà exposés.

Nous pourrions laisser hors de débat le point le plus important - celui que vous hésiteriez peut-être à croire - à savoir que notre refus est autant causé par la nécessité d’assurer votre propre salut (du point de vue de vos considérations mondaines matérielles) que par mon obéissance forcée à nos Règles vénérables. Je pourrais encore citer le cas d’Olcott et ce qui lui est arrivé jusqu’à présent. S’il n’eût pas été autorisé à communiquer face à face (et sans aucun intermédiaire) avec nous, il eût sans doute montré ensuite moins de zèle et de dévouement, mais plus de discrétion. Mais la comparaison vous apparaîtra probablement un peu forcée. Olcott, direz-vous, est un enthousiaste, un mystique obstiné qui ne raisonne pas, qui va tête baissée devant lui, les yeux fermés, et qui ne se permet pas de regarder en avant avec ses propres yeux. Tandis que vous, vous êtes un homme du monde, sérieux, positif, fils de votre génération de penseurs réfléchis, bridant toujours votre imagination et disant à l’enthousiasme : "Tu iras jusque là et pas plus loin !" ... Peut-être avez-vous raison, peut-être non. "Aucun Lama ne sait, jusqu’à ce qu’il le mette, où le blessera le berchhen", dit un proverbe tibétain.

Mais laissons cela car je dois vous dire maintenant que pour établir des "communications directes", les seuls moyens possibles seraient 1°) De nous rencontrer tous deux en corps physique. Etant, moi où je suis et vous où vous êtes, il y a, pour moi, une impossibilité matérielle ; 2°) De nous rencontrer tous deux dans notre forme astrale, ce qui nécessiterait que vous "quittiez" votre corps, et moi le mien. L’obstacle spirituel à cela est de votre côté ; 3°) De vous faire entendre ma voix, soit en vous, soit près de vous, comme l’entend la "vieille dame". Cela serait possible soit que a) mes chefs me donnent la permission de faire le nécessaire ; mais, pour le moment, ils me la refusent ; ou que b) vous entendiez ma voix, c’est-à-dire ma voix naturelle, sans qu’aucun tamasha psychophysiologique soit employé par moi (comme nous le faisons fréquemment entre nous). Mais alors, pour cela, non seulement on doit avoir les sens spirituels anormalement ouverts, mais encore on doit avoir acquis la connaissance du grand secret (encore non découvert par la science), permettant d’abolir pour ainsi dire la barrière de l’espace, de neutraliser, pendant le temps nécessaire, les obstacles naturels que sont les particules intermédiaires de l’air et de forcer les ondes sonores à frapper votre oreille en sons réfléchis ou en écho. Vous en savez juste assez sur ce point pour considérer ce que je dis comme une absurdité anti-scientifique.

Vos physiciens n’ont pas approfondi, récemment, cette branche de l’acoustique pas plus que pour obtenir une parfaite ( ?) connaissance de la vibration des corps sonores et de la propagation du son à travers les tuyaux peuvent ironiquement demander : "Où sont vos corps sonores indéfiniment continus, pour conduire à travers l’espace les vibrations de la voix ?". Nous répondons que nos tuyaux, quoique invisibles, sont indestructibles et bien plus parfaits que ceux des physiciens modernes, par qui la vitesse de la transmission de la force mécanique du son, à travers l’air est déclarée être de. 1.100 pieds à la seconde et pas davantage, si je ne me trompe. Ne peut-il y avoir des gens qui aient découvert des moyens de transmission plus parfaits et plus rapides, étant un peu familiers avec les pouvoirs occultes de l’air (Akas) et ayant en outre une connaissance plus approfondie des sons ? Mais nous reparlerons plus tard de cela.

Il y a encore un inconvénient plus sérieux, un obstacle presque insurmontable, pour le présent, et qui me fait peiner moi-même, même si je ne cherche rien de plus que correspondre avec vous, chose simple que tout autre mortel peut faire. C’est mon inaptitude absolue à vous faire comprendre ce que je veux dire quand je vous explique même les phénomènes physiques, sans parler de leur base spirituelle. Ce n’est pas la première fois que je mentionne cette inaptitude. C’est comme si un enfant me demandait de lui expliquer les problèmes les plus ardus d’Euclide avant même d’avoir commencé à étudier les règles élémentaires de l’arithmétique. Ce n’est que le progrès qu’on fait dans le Savoir Arcane, à partir de ses premiers éléments, qui permet graduellement de nous comprendre. C’est seulement ainsi, et pas autrement, en fortifiant et en affinant les liens mystérieux de sympathie entre des hommes intelligents (fragments temporairement isolés de l’Ame universelle et l’Ame cosmique elle-même), que ce progrès les met en plein rapport. Une fois cela établi, et alors seulement, ces sympathies éveillées serviront en vérité à rattacher l’HOMME à ce que - à défaut de mot scientifique européen plus juste pour en exprimer l’idée - je suis encore obligé d’appeler la chaîne énergétique qui lie le Cosmos matériel et le Cosmos immatériel, Passé, Présent et Futur et à vivifier ses perceptions jusqu’à ce qu’il saisisse clairement, non seulement toutes les choses de la matière, mais aussi celles de l’Esprit. Je me sens même irrité de n’avoir à ma disposition que ces trois mots grossiers : passé, présent, futur ! Concepts misérables des phases objectives du Tout Subjectif, ils sont presque aussi mal adaptés à cet usage qu’une hache à une délicate ciselure.

Oh ! mon pauvre ami déçu, que n’êtes-vous pas déjà assez avancé sur LE SENTIER pour que cette simple transmission d’idées ne soit pas gênée par les conditions de la matière, et que l’union de votre mental avec le nôtre ne soit pas empêchée par son incapacité induite ! Malheureusement, la grossièreté, à la fois héritée et acquise, du Mental occidental est telle et les expressions traduisant les pensées modernes ont été tellement orientées dans le sens du matérialisme pratique, qu’il est maintenant presque impossible pour les Occidentaux de comprendre et pour nous d’exprimer dans leurs propres langages, quoi que ce soit de ce mécanisme délicat et apparemment idéal du Cosmos Occulte. Cette faculté peut, jusqu’à un certain point, être acquise par les Européens, grâce à l’étude et à la méditation, mais c’est tout. C’est là l’obstacle qui, jusqu’à présent, a empêché la croyance aux vérités Théosophiques de se répandre davantage parmi les nations occidentales ; c’est ce qui a fait rejeter l’étude de la théosophie comme inutile et fantastique par les philosophes occidentaux. Comment vous enseignerai-je à lire et à écrire ou même à comprendre une langue dont aucun alphabet palpable, ni aucun mot audible pour vous n’ont encore été inventés ? Comment les phénomènes de notre science moderne de l’électricité seraient-ils expliqués à un philosophe grec du temps de Ptolémée, s’il était soudain rappelé à la vie, alors qu’il y a un hiatus aussi considérable entre son époque et la nôtre au point de vue des découvertes ? Les termes techniques ne seraient-ils pas pour lui un inintelligible jargon, un abracadabra de sons dépourvus de sens et les instruments et appareils employés de "miraculeuses" monstruosités ?

Supposez pendant un instant que je vous décrive les nuances des raies colorées qui sont situées au-delà de ce qu’on appelle le "spectre visible", raies invisibles à tous, hormis à un petit nombre même parmi nous ; que je vous explique comment nous pouvons fixer dans l’espace l’une quelconque des couleurs prétendues subjectives ou accidentelles - le complément (pour parler mathématiquement) en outre d’une autre couleur déterminée d’un corps dichromatique (ce qui déjà sonne comme une absurdité) - pensez-vous que vous comprendriez leur effet optique ou même ce que je veux dire ? Et, puisque vous ne les voyez pas, ces rayons, ni ne pouvez les connaître, et n’avez encore aucun nom pour les désigner scientifiquement, si je vous disais : "Mon bon ami Sinnett, s’il vous plaît, sans bouger de votre bureau, essayez de chercher et de produire devant vos yeux le spectre solaire tout entier, décomposé en ses quatorze couleurs prismatiques (sept étant complémentaires), car c’est seulement à l’aide de cette lumière occulte que vous pourrez me voir à distance comme je vous vois... ". Que pensez-vous que serait votre réponse ? Qu’auriez-vous à répliquer ? Ne me rétorqueriez-vous pas vraisemblablement, de votre manière tranquille et polie, qu’étant donné qu’il n’y eut jamais que sept (maintenant trois) couleurs primaires, lesquelles de plus n’ont jamais encore été décomposées par aucun procédé physique connu de façon à donner plus que les sept couleurs du prisme - mon invitation est aussi "antiscientifique" qu’ "absurde" ? Et vous ajouteriez que ma proposition de vous faire chercher un imaginaire "complément" solaire, n’étant pas un compliment pour votre connaissance de la science physique - je ferais mieux, peut-être, d’aller chercher au Tibet mes mythiques "dichromatiques" et mes "couples" solaires, car la science moderne a été jusqu’ici incapable de fournir aucune théorie d’un phénomène même aussi simple que celui des couleurs de tous ces corps dichromatiques. Et cependant, en vérité, ces couleurs sont suffisamment objectives.

Vous voyez donc quelles sont, dans votre situation, les difficultés insurmontables pour atteindre, non seulement à la connaissance Absolue, mais aussi les premiers éléments de la science occulte. Comment pourriez-vous vous faire comprendre - et commander en fait ces Forces semi-intelligentes dont les moyens de communiquer avec nous ne, sont pas des mots parlés, mais des couleurs et des sons, en corrélations par leurs vibrations ? Car le son, la lumière et les couleurs sont les principaux facteurs intervenant dans la formation de ces catégories d’Intelligences, de ces êtres dont vous ne concevez même pas l’existence et auxquels on ne vous permet pas de croire - car Athées et Chrétiens, matérialistes et Spirites, tous opposent leurs arguments respectifs à une telle croyance - la Science combattant plus vivement que les autres une si "dégradante superstition" !

Ainsi, parce qu’eux ne peuvent d’un bond franchir les murailles qui les enserrent, pour atteindre aux pinacles de l’Eternité ; et parce que nous, nous ne pouvons prendre un sauvage de l’Afrique Centrale et lui faire comprendre d’un seul coup les Principes de Newton ou la "Sociologie" d’Herbert Spencer, ni faire qu’un enfant illettré écrive une nouvelle Illiade en vieux grec achéen, ou qu’un peintre ordinaire peigne des scènes de Saturne ou dessine des habitants d’Arcturus - à cause de tout cela notre existence même est niée ! Oui, pour cette raison, ceux qui croient en nous sont traités d’imposteurs et de fous, et on va jusqu’à tourner en dérision comme une envolée extravagante de l’imagination, la science qui conduit aux plus hauts sommets de la plus haute connaissance, et fait réellement goûter au fruit de l’Arbre de la Vie et de la Sagesse !

Je vous demande très instamment de ne pas voir, dans ce qui précède, la simple expression d’un sentiment personnel. Mon temps est précieux et je n’en ai pas à perdre. Encore moins devez vous voir en cela un effort pour vous dégoûter ou vous dissuader du noble travail que vous venez de commencer. Rien de tel ; car ce que je dis maintenant pourra servir autant qu’il se peut, et pas plus ; mais - vero pro gratis - je vous METS EN GARDE et je n’en dirai pas plus, sinon pour vous rappeler d’une manière générale que la tâche si bravement entreprise par vous, cette missio in partibus infedelium, est peut-être la plus ingrate de toutes les tâches ! Mais si vous croyez en mon amitié pour vous, si vous appréciez la parole d’honneur de quelqu’un qui jamais - jamais durant sa vie entière ne pollua ses lèvres d’un mensonge, alors n’oubliez pas ce que je vous ai écrit une fois (voyez ma dernière lettre) sur ceux qui s’engagent dans les sciences occultes ; [37] celui qui le fait "doit atteindre le but ou périr ! Quand on s’est pour de bon mis en route sur la voie de la Grande Connaissance, douter c’est risquer la folie ; s’arrêter, c’est tomber ; reculer, c’est rouler en arrière, tête la première, dans un abîme". Ne craignez rien - si vous êtes sincère, et vous l’êtes - actuellement. Etes-vous aussi sûr de vous quant à l’avenir ?

Mais je crois qu’il est tout à fait temps de retourner à des sujets moins transcendants et que vous appelleriez moins sombres et plus mondains. Ici, sans aucun doute, vous serez plus à l’aise. Votre expérience, votre préparation, votre intellect, votre connaissance du monde extérieur, bref, tout se combine pour vous aider dans l’accomplissement de la tâche que vous avez entreprise. Car, tout cela vous met à un niveau infiniment plus élevé que moi lorsqu’il s’agit d’écrire un livre "selon le coeur" de votre Société. Quoique l’intérêt que j’y prends puisse étonner certains qui, vraisemblablement, retourneront contre moi et mes collègues, nos propres arguments et remarqueront que notre "élévation tant vantée au - dessus du commun troupeau" (mots de notre ami M. Hume) - au-dessus - des intérêts et des passions de l’humanité ordinaire, doit s’opposer à ce que nous ayons aucune conception des affaires ordinaires de la vie -



Lettre de Koot’ Hoomi Lal Singh.

Koot Hoomi Lal Singh lettre VIII b. : cependant, je confesse...

Koot’ Hoomi Lal Singh lettre à A.P. Sinnett


Koot Hoomi Lal Singh :LETTRE N° VIII b.

  • Reçue par l’intermédiaire de Mme B. vers le 20 février 1881.

cependant, je confesse que je prends à ce livre et à son succès, un intérêt aussi grand qu’au succès dans la vie de son futur auteur.

J’espère que vous au moins comprendrez que nous (ou la plupart d’entre nous) sommes loin d’être les momies sans coeur moralement desséchées, que quelques-uns s’imaginent que nous sommes. "Mejnour" est très bien où il est - personnage idéal d’une histoire passionnante et vraie à maints égards. (Il s’agit du roman de Bulwer-Lytton intitulé Zanoni (N.d.T.).)

Cependant, croyez-moi, peu d’entre nous se soucieraient de jouer le rôle d’une fleur séchée entre les pages d’un volume de solennelle poésie. Nous ne sommes peut-être pas tout à fait les "gars" - pour citer l’irrévérencieuse expression d’Olcott quand il parle de nous - mais personne à notre niveau ne ressemble à l’austère héros de la fiction de Bulwer. Les facilités d’observation que procure à certains d’entre nous notre condition donnent certainement une plus grande largeur de vue, des sentiments d’humanité plus profonds, plus impartiaux et plus largement déployés, car, pour répondre à Addison, nous pourrions, avec juste raison, affirmer que c’est bien "l’affaire de la magie d’humaniser nos natures par la compassion" pour le genre humain tout entier comme pour tous, les êtres vivants, au lieu de concentrer nos affections et de les limiter à une race préférée. Cependant, peu d’entre nous (excepté ceux qui ont atteint la négation finale de Moksha) arrivent à s’affranchir de l’influence des liens terrestres pour être insensibles, à des degrés divers, aux plaisirs, aux émotions et aux intérêts supérieurs du commun des mortels. Jusqu’à ce que l’émancipation finale réabsorbe l’Ego, celui-ci doit ressentir les plus pures sympathies suscitées par les effets esthétiques du grand art, ses cordes les plus sensibles doivent résonner à l’appel des plus saints et des plus nobles attachements humains. Bien entendu, plus grand est le progrès vers la délivrance, plus faible est cette tendance, jusqu’à ce que, pour couronner le tout, les sentiments humains purement individuels et personnels (liens du sang et amitié, patriotisme et préférence de race) disparaissent tous