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Fabre d’Olivet et la Cabbale mère.

La Langue hébraïque restituée livret II

L’Egypte source de la langue hébraïque


Révolutions du Sépher : Origine des versions principales qui en ont été faites.



Fabre d’Olivet la langue hébraïque restituée

Livre de Fabre d’Olivet : Le Sépher de Moïse dans les synagogues

Bible et Sépher de Moïse


Révolutions du Sépher : Origine des versions principales qui en ont été faites.

Appuyons bien sur cette importante vérité : la Langue hébraïque, déjà corrompue par un peuple grossier, et d’intellectuelle qu’elle était à son origine, ramenée à ses éléments les plus matériels, fut entièrement perdue après la captivité de Babylone. C’est un fait historique dont il est impossible de douter, de quelque scepticisme dont on fasse profession. La Bible le montre ; le Thalmud l’affirme ; c’est le sentiment des plus fameux rabbins ; Walton ne peut le nier ; le meilleur critique qui ait écrit sur cette matière, Richard Simon, ne se lasse point de le répéter. Ainsi donc, près de six siècles avant J.-C., les Hébreux, devenus des Juifs, ne parlaient ni n’entendaient plus leur langue originelle. Il se servaient d’un dialecte syriaque, appelé Araméen, formé par la réunion de plusieurs idiomes de l’Assyrie et de la Phénicie, et assez différent du nabathéen qui, selon d’Herbelot, était le pur chaldaïque.

A partir de cette époque, le Sépher de Moyse fut toujours paraphrasé dans les synagogues. On sait qu’après la lecture de chaque verset, il y avait un interprète chargé de l’expliquer au peuple en langue vulgaire. De là vinrent ce qu’on appelle les Targums. Il est assez difficile de dire aujourd’hui si ces versions furent d’abord écrites par des docteurs, ou abandonnées à la sagacité des interprètes. Quoi qu’il en soit, il parait bien certain que le sens des mots hébraïques devenant de plus en plus incertain, il s’éleva de violentes disputes sur les diverses interprétations qu’on donnait au Sépher. Les uns, prétendant posséder la loi orale donnée en secret par Moyse, voulaient qu’on la fît entrer pour tout dans ces explications ; les autres niaient l’existence de cette loi, rejetaient toute espèce de traditions, et voulaient qu’on s’en tint aux explications les plus littérales et les plus matérielles. Deux sectes rivales naquirent de ces disputes. La première, celle des Pharisiens, fut la plus nombreuse et la plus considérée : elle admettait le sens spirituel du Sépher, traitait en allégories ce qui lui paraissait obscur, croyait à la Providence divine et à l’immortalité de l’âme. La seconde, celle des Sadducéens, traitait de fables toutes les traditions des Pharisiens, se moquait de leurs allégories, et comme elle ne trouvait rien dans le sens matériel du Sépher qui prouvât ni même énonçât l’immortalité de l’âme, elle la niait ; ne voyant dans ce que leurs antagonistes appelaient âme, qu’une suite de l’organisation du corps, une faculté passagère qui devait s’éteindre avec lui. Au milieu de ces deux sectes contendantes, une troisième se forma, moins nombreuse que les deux autres, mais infiniment plus instruite : ce fut celle des Esséniens. Celle-ci, considérant qu’à force de vouloir tout plier à l’allégorie, les Pharisiens tombaient souvent dans des visions ridicules, que les Sadducéens, au contraire, par la sécheresse de leurs interprétations, dénaturaient les dogmes de Moyse, prit un parti mitoyen.



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Livre de Fabre d’Olivet : Le Sépher est les livres de la Bible

Les Esséniens et la Bible


Révolutions du Sépher : Origine des versions principales qui en ont été faites, suite I.

Elle conserva la lettre, et le sens matériel à l’extérieur, et garda la tradition et la loi orale pour le secret du sanctuaire. Les Esséniens formèrent loin des villes, des sociétés particulières ; et peu jaloux des charges sacerdotales remplies parles Pharisiens, et dés honneurs civils brigués par les Sadducéens, s’appliquèrent beaucoup à la morale et à l’étude de la nature. Tous ceux qui ont écrit sur la règle et l’esprit de cette secte en ont fait les plus grandes éloges. Il y avait des Esséniens partout où il y avait des Juifs ; mais c’était en Égypte qu’il s’en trouvait davantage. Leur principale retraite était aux environs d’Alexandrie vers le lac et le mont Moria.

Je prie le Lecteur curieux de secrets antiques de faire attention à ce nom ; car s’il est vrai, comme tout l’atteste, que Moyse ait laissé une loi orale, c’est parmi les Esséniens qu’elle s’est conservée. Les Pharisiens, qui se flattaient si hautement de la posséder, n’en avaient que les seules apparences, ainsi que Jésus le leur reproche à chaque instant. C’est de ces derniers que descendent les Juifs modernes, à l’exception de quelques vrais savants dont la tradition secrète remonte jusqu’à celle des Esséniens. Les Sadducéens ont produit les Karaïtes actuels, autrement appelés Scriptuaires.

Mais avant même que les Juifs eussent possédé leurs Targums chaldaïques, les Samaritains avaient eu une version du Sépher, faite en langue vulgaire ; car ils étaient moins en état encore que les Juifs d’entendre le texte original. Cette version, que nous possédons en entier, étant la première de toutes celles qui ont été faites, mérite par conséquent plus de confiance que les Targums, qui, s’étant succédés et détruits les uns les autres, ne paraissent pas d’une haute antiquité d’ailleurs le dialecte dans lequel est écrite la version samaritaine a plus de rapport avec l’hébreu que l’araméen ou le chaldaïque des Targums. On attribue ordinairement à un rabbin nommé Ankelos, le Targum du Sépher, proprement dit, et à un autre rabbin, nommé Jonathan, celui des autres livres de la Bible ; mais on ne saurait fixer l’époque de leur composition. On infère seulement qu’ils sont plus anciens que le Thalmud, parce que le dialecte en est plus correct et moins défiguré. Le Thalmud de Jérusalem surtout est écrit dans un style barbare, mêlé de quantité de mots empruntés des langues voisines, et principalement du grec, du latin et du persan. C’était l’idiome vulgaire des Juifs au temps de Jésus-Christ.




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Livre de Fabre d’Olivet : De Babylone à l’Egypte retour du sépher

L’Egypte terre du Sépher de Moïse


Révolutions du Sépher : Origine des versions principales qui en ont été faites, suite III.

Cependant les Juifs, protégés par les monarques persans, avaient joui clé quelques moments de tranquillité ; ils avaient réédifié leurs temples ; ils avaient relevé les murailles de leur ville. Tout à coup la situation des choses change : l’empire de Cyrus s’écroule ; Babylone tombe au pouvoir des Grecs ; tout fléchit sous les lois d’Alexandre. Mais ce torrent qui se déborde en un moment, et sur l’Afrique et sur l’Asie, divise bientôt ses ondes, et les renferme en des lits différents. Alexandre mort, ses capitaines morcèlent son héritage. Les Juifs tombent au pouvoir des Selleucides. La langue grecque, portée en tout lieu par les conquérants, modifie de nouveau l’idiome de Jérusalem, et l’éloigne de plus en plus de l’hébreu. Le Sépher de Moyse, déjà défiguré par les paraphrases chaldaïques, va disparaître tout à fait dans la version des Grecs.

Grâce aux discussions que les savants des siècles derniers ont élevées sur la fameuse version des Juifs hellénistes, vulgairement appelée version des Septante, rien n’est devenu plus obscur que son origine. Ils se sont demandé à quelle époque, et comment, et pourquoi elle avait été faite ; si elle était la première de toutes, et s’il n’existait pas une version antérieure en grec, dans laquelle Pythagore, Platon, Aristote, avaient puisé leur science ; quels furent les septante interprètes, et s’ils étaient ou n’étaient pas dans des cellules séparées en travaillant à cet ouvrage ; si ces interprètes enfin étaient des prophètes plutôt que de simples traducteurs.

Après avoir assez longuement examiné les opinions divergentes qui ont été émises à ce sujet, voici ce que j’ai jugé le plus probable. On pourra, si l’on veut recommencer ce travail épineux, qui au bout du compte ne produira que les mêmes résultats, si l’on a soin d’y apporter la même impartialité que j’y ai apportée.

On ne peut douter que Ptolémée fils de Lagus, malgré quelques violences qui signalèrent le commencement de son règne, et auxquelles il fut forcé par la conjuration de ses frères, ne fût un très grand prince. L’Égypte n’a point eu d’époque plus brillante. On y vit fleurir à la fois la paix, le commerce et les arts, et cultiver les sciences, sans lesquelles il n’est point de véritable grandeur dans un Empire. Ce fut par les soins de Ptolémée que s’éleva dans Alexandrie cette superbe bibliothèque que Démétrius de Phalère, auquel il en avait confié la garde,.enrichit de tout ce que la littérature des peuples offrait alors de plus précieux. Depuis longtemps les Juifs s’étaient établis en Égypte. Je ne convois pas pur quel esprit de contradiction les savants modernes veulent absolument que, dans un concours de circonstances tel que je viens de le présenter, Ptolémée n’ait point eu la pensée qu’on lui attribue de faire traduire le Sépher pour le mettre dans sa bibliothèque.



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Livre de Fabre d’Olivet : les mystères inviolables du Sépher

Les Livres des Juifs


Révolutions du Sépher : Origine des versions principales qui en ont été faites, suite IV.

Rien ne me paraît si simple. L’historien Joseph est assurément très croyable sur ce point, ainsi que fauteur du livre d’Aristée, malgré quelques embellissements dont il charge ce fait historique. Mais l’exécution de ce dessein pouvait offrir des difficultés ; car on sait que les Juifs communiquaient difficilement leurs livres, et qu’ils gardaient sur leurs mystères un secret inviolable. C’était même parmi eux une opinion reçue, que Dieu punissait sévèrement ceux qui osaient faire des traductions en langue vulgaire. Le Thalmud rapporte que Jonathan, après l’émission de sa paraphrase chaldaïque, fut vivement réprimandé par une voix du ciel, d’avoir osé révéler aux hommes les secrets de Dieu. Ptolémée fut donc obligé d’avoir recours à l’intercession du souverain pontife Éléazar, en intéressant sa piété par l’affranchissement de quelques esclaves juifs. Ce souverain pontife, soit qu’il fût touché par la bonté du roi, soit qu’il n’osât pas résister à sa volonté, lui envoya un exemplaire du Sépher de Moyse, en lui permettant de le faire traduire en langue grecque. Il ne fut plus question que de choisir les traducteurs. Comme les Esséniens du mont Moria jouissaient d’une réputation méritée de science et de sainteté, tout me porte à croire que Démétrius de Phalère jeta les yeux sur eux, et leur transmit les ordres du roi.

Ces sectaires vivaient en anachorètes, retirés dans des cellules séparées, s’occupant, comme je l’ai déjà dit, de l’étude de la nature. Le Sépher était, selon eux, composé d’esprit et de corps : par le corps ils entendaient le sens matériel de la Langue hébraïque ; par l’esprit, le sens spirituel perdu pour le vulgaire. Pressés entre la loi religieuse qui leur défendait la communication des mystères divins, et l’autorité du prince qui leur ordonnait de traduire le Sépher, ils surent se tirer d’un pas si hasardeux car, en donnant le corps de ce livre, ils obéirent à l’autorité civile ; et en retenant l’esprit, à leur conscience. Ils firent une version verbale aussi exacte qu’ils purent dans l’expression restreinte et corporelle ; et pour se mettre encore plus à l’abri des reproches de profanation, ils se servirent du texte et de la version samaritaine en beaucoup d’endroits, et toutes les fois que le texte hébraïque ne leur offrait pas assez d’obscurité.

Il est très douteux qu’ils fussent au nombre de soixante-dix pour achever ce travail. Le nom de version des Septante vient d’une autre circonstance que je vais rapporter.



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Livre de Fabre d’Olivet : L’Egypte au temps de la Grèce

Les Juifs en Egypte au temps de la Grèce.


Révolutions du Sépher : Origine des versions principales qui en ont été faites, suite V.

Le Thalmud assure que d’abord ils ne furent que cinq interprètes, ce qui est assez probable ; car on sait que Ptolémée ne fit traduire que les cinq livres de Moyse, contenus dans le Sépher, sans s’embarrasser des additions d’Esdras. Bossuet en tombe d’accord, en disant que le reste des livres sacrés fut dans la suite mis en grec pour (usage des Juifs répandus dans l’Égypte et dans la Grèce, où non seulement ils avaient oublié leur ancienne langue qui était l’hébreu, mais encore le chaldéen que la captivité leur avait appris. Cet écrivain ajoute, et je prie le Lecteur de remarquer ceci, que ces juifs se firent un grec raclé d’hébraïsmes, qu’on appelle la Langue hellénistique, et que les Septante et tout le Nouveau Testament est écrit clans ce langage.

Il est certain que les Juifs répandus dans l’Égypte et dans la Grèce, ayant tout à fait oublié le dialecte araméen dans lequel étaient écris leurs Targums, et se trouvant avoir besoin d’une paraphrase en langue vulgaire, devaient naturellement prendre la version du Sépher, qui existait déjà dans la Bibliothèque royale d’Alexandrie : c’est ce qu’ils firent. Ils y joignirent une traduction des additions d’Esdras, et envoyèrent le tout à Jérusalem pour le faire approuver comme paraphrase. Le sanhédrin accueillit leur demande ; et comme ce tribunal se trouvait alors composé de soixante-dix juges, conformément à la loi, cette version en reçut le nom de Version des Septante, c’est-à-dire approuvée par les Septante. Telle est l’origine de la Bible. C’est une copie en langue grecque des écritures hébraïques, où les formes matérielles du Sépher de Moyse ; sont assez bien conservées pour que ceux qui ne voient rien au delà n’en puissent pas soupçonner les formes spirituelles. Dans l’état d’ignorance où se trouvaient les Juifs, ce livre ainsi travesti devait leur convenir. Il leur convint tellement que, dans beaucoup de synagogues, grecques, on le lisait non seulement comme paraphrase, mais en place et de préférence au texte original. Qu’aurait-il servi en effet de lire le texte hébreu ? Dès longtemps le peuple juif ne l’entendait plus même dans son acception la plus restreinte ; et parmi les rabbins, si l’on en excepte quelques Esséniens initiés dans les secrets de la loi orale, les plus savants se piquaient à peine de remonter du grec, du latin ou du jargon barbare de Jérusalem, aux Targums chaldaïques, devenus pour eux presque aussi difficiles que le texte.

C’est dans cet état d’ignorance, et lorsque la Bible grecque usurpait partout la place du Sépher hébraïque, que la Providence, voulant changer la face du Monde, et opérer un de ces mouvements nécessaires, dont je crois inutile d’exposer la raison profonde, suscita Jésus. Un nouveau culte naquit. Le christianisme, d’abord obscur, considéré comme une secte juive, s’étendit, s’éleva, couvrit l’Asie, l’Afrique et l’Europe. L’empire romain en fut enveloppé.



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Livre de Fabre d’Olivet : La Bible une très mauvaise traduction

L’erreur de Jésus et de la Bible Grecque


Révolutions du Sépher : Origine des versions principales qui en ont été faites, suite VI.

Jésus et ses disciples avaient toujours cité la Bible grecque ; les Pères de l’Église s’attachèrent à ce livre avec un respect religieux, le crurent inspiré, écrit par des prophètes, méprisèrent le texte hébraïque, et comme le dit expressément St. Augustin, ignorèrent même son existence. Cependant les Juifs, effrayés de ce mouvement qu’ils étaient hors d’état d’apprécier, maudirent le livre qui le causait.. Les rabbins, soit par politique, soit que la loi orale transpirât, se moquèrent ouvertement d’une version illusoire, la décrièrent comme un ouvrage faux, et la firent considérer aux Juifs comme plus funeste pour Israël, que le veau d’or. Ils publièrent que la Terre avait été couverte de ténèbres pendant trois jours à cause de cette profanation du Livre saint ; et, comme on peut le voir dans le Thalmud, ordonnèrent un jeûne annuel de trois jours en mémoire de cet événement.

Ces précautions étaient tardives ; le dépôt mal gardé devait changer de main. Israël, semblable à un coffre grossier, fermé d’une triple serrure, mais usé par le temps, ne lui offrait plus un asile assez sûr. Une révolution terrible s’approchait : Jérusalem allait tomber, et l’Empire romain, cadavre politique, était promis aux vautours du Nord. Déjà les ténèbres de l’ignorance noircissaient l’horizon ; déjà les cris des Barbares se faisaient entendre dans le lointain. Il fallait opposer à ces redoutables ennemis un obstacle insurmontable. Cet obstacle était ce livre même qui devait les soumettre et qu’ils ne devaient point comprendre.

Les Juifs ni les Chrétiens ne pouvaient entrer dans la profondeur de ces desseins. Ils s’accusaient réciproquement d’ignorance et de mauvaise foi. Les Juifs, possesseurs d’un texte original dont ils n’entendaient plus la langue, frappaient d’anathème une version qui n’en rendait que les formes extérieures et grossières. Les Chrétiens, contents de ces formes que du moins ils saisissaient, m’allaient pas plus avant, et méprisaient tout le reste. Il est vrai que de temps en temps il s’élevait parmi eux des hommes qui, profitant d’un reste de clarté dans ces jours ténébreux, osaient fixer la base de leur croyance, et la jugeant au fond ce qu’ils la voyaient dans ses formes, s’en détachaient brusquement et avec dédain. Tels furent Valentin, Basilide, Marcion, Apelles, Bardesane, et Manès le plus terrible des adversaires que la Bible ait rencontrés. Tous traitaient d’impie l’auteur d’un livre où l’Être bon par excellence est représenté comme l’auteur du mal ; où cet Être crée sans dessein, préfère arbitrairement, se repend, s’irrite, punit sur une postérité innocente le crime d’un seul dont il a préparé la chute.

Manès, jugeant Moyse sur le livre que les chrétiens disaient être de lui, regardait ce prophète comme ayant été inspiré par le Génie du mal. Marcion, un peu moins sévère, ne voyait en lui que l’organe du Créateur du monde élémentaire, fort différent de l’Être-Suprême.



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Livre de Fabre d’Olivet : conflits d’une traduction erronée

Naissance des guerres de religions


Révolutions du Sépher : Origine des versions principales qui en ont été faites, suite VII.

Les uns et les antres causèrent des orages plus ou moins violents, suivant la force de leur génie. Ils ne réussirent pas, quoiqu’ils eussent en ce point la vérité pour eux, parce que leur attaque était imprudente, intempestive, et que sans le savoir, ils portaient hors de propos, le flambeau sur une charpente rustique, préparés ; pour soutenir un édifice plus imposant et plus vrai.

Ceux des Pères dont les yeux, n’étaient pas tout à fait fascinés, cherchaient des biais pour éluder les plus fortes difficultés. Les uns accusaient les Juifs d’avoir fourré dans les livres de Moyse des choses fausses et injurieuses à la Divinité ; les autres avaient recours aux allégories. St Augustin convenait qu’il n’y avait pas moyen de conserver le sens littéral des trois premiers chapitres de la Genèse, sans blesser la piété, sans attribuer à Dieu des choses indignes de lui. Origène avouait que si l’on prenait l’histoire de la création dans le sens littéral, elle est absurde et contradictoire. Il plaignait les ignorants, qui, séduits par la lettre de la Bible, attribuaient à Dieu des sentiments et des actions qu’on ne voudrait pas attribuer au plus injuste : et au plus barbare de tous les hommes. Le savant Beausobre, dans son Histoire du Manichéisme, et Pétais, dans ses Dogmes théologiques, citent une foule d’exemples semblables.

Le dernier des Pères qui vit l’horrible défaut de la version des hellénistes, et qui voulut y remédier, fut St Jérôme. Je rends une entière justice à ses intentions. Ce Père, d’un caractère ardent, d’un esprit explorateur, aurait remédié au mal, si le mal eût été de nature à céder à ses efforts. Trop prudent pour causer un scandale semblable à celui de Marcion, ou de Manès ; trop judicieux pour se renfermer clans de vaines subtilités comme Origène ou St Augustin, il sentit bien que le seul moyen d’arriver à la vérité était de recourir au texte original. Ce texte était entièrement inconnu. Le Grec était tout. C’était sur le grec, chose extraordinaire et tout à fait bizarre ! qu’on avait fait, à mesure qu’on en avait eu besoin, non seulement la version latine, mais la copte, l’éthiopienne, l’arabe, la syriaque même, la persane, et les antres.

Mais pour recourir au texte original il audit fallu entendre l’hébreu. Et comment entendre une langue perdue depuis plus de mille ans ? Les Juifs, à l’exception d’un très petit nombre de sages auxquels les plus horribles tourments ne l’auraient pas arrachée, ne la savaient guère mieux que St Jérôme. Cependant le seul moyen qui resta à ce Père était de s’adresser aux Juifs. Il prit un maître parmi les rabbins de l’école de Tibériade.



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Livre de Fabre d’Olivet : le Sépher et le Concile de Trente

La Bible, la Vulgate de saint Jérôme


Révolutions du Sépher : Origine des versions principales qui en ont été faites, suite VIII.

A cette nouvelle, toute l’Église chrétienne jette un cri d’indignation. St Augustin blâme hautement St Jérôme. Ruffin l’attaque sans ménagements. St Jérôme, en butte à cet orage, se repent d’avoir dit que la version des Septante était mauvaise ; il tergiverse ; tantôt il dit, pour flatter le vulgaire, que le texte hébraïque est corrompu ; tantôt il exalte ce texte, dont il assure que les Juifs n’ont pu corrompre une seule ligne. Lorsqu’on lui reproche ces contradictions, il répond qu’on ignore les lois de la dialectique, qu’on ne sait pas que dans les disputes on parle tantôt d’une manière et tantôt d’une autre, et qu’on fait le contraire de ce qu’on dit.

Il s’appuie de l’exemple de St Paul ; il cite Origène. Ruffin le traite d’impie, lui répond qu’Origène ne s’est jamais oublié au point de traduire l’hébreu, et que des Juifs ou des apostats seuls peuvent l’entreprendre. St Augustin, un peu moins emporté, n’accuse pas les Juifs d’avoir corrompu le texte sacré ; il ne traite pas St Jérôme d’impie et d’apostat ; il convient même que la version des Septante est souvent incompréhensible ; mais il a recours à la providence de Dieu, qui a permis que ces interprètes aient traduit l’Écriture de la manière qu’il jugeait, être le plus à propos pour les nations qui devaient embrasser la religion chrétienne. Au milieu de ces contradictions sans nombre, St Jérôme a le courage de poursuivre son dessein ; niais d’autres contradiction, d’autres obstacles plus terribles l’attendent. Il voit que l’hébreu qu’il veut saisir lui échappe à chaque instant ; que les Juifs qu’il consulte flottent dans la plus grande incertitude ; qu’ils ne s’accordent point sur le sens des mots, qu’ils n’ont aucun principe fixe, aucune grammaire ; que le seul lexique enfin dont il puisse se servir est cette même version hellénistique, qu’il a prétendu corriger. Quel est donc le résultat de son travail une nouvelle traduction de la Bible grecque, faite dans un latin un peu moins barbare que les traductions précédentes, et confrontée avec le texte hébraïque, sous le rapport des formes littérales.

St Jérôme ne pouvait pas faire davantage. Eût-il pénétré dans les principes les plus intimes de l’hébreu ; le génie de cette langue se fût-il dévoilé à ses yeux, il aurait été contraint par la force des choses, ou de se taire, ou de se renfermer dans la version des hellénistes. Cette version, jugée le fruit d’une inspiration divine, dominait les esprits de telle sorte, qu’il fallait se perdre comme Marcion, ou la suivre dans son obscurité nécessaire.

Voilà quelle est la traduction latine qu’on appelle ordinairement la Vulgate.

Le Concile de Trente a déclaré cette traduction authentique, sans néanmoins la déclarer infaillible ; mais l’Inquisition l’a soutenue de toute la force de ses arguments , et les théologiens, de tout le poids de leur intolérance et de leur partialité.



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Livre de Fabre d’Olivet : La quête de la langue perdue

La langue perdue et le Sépher de Moïse


Révolutions du Sépher : Origine des versions principales qui en ont été faites, suite IX.

Je n’entrerai point dans le détail ennuyeux des controverses sans nombre que la version des hellénistes et celle de St Jérôme ont fait naître dans des temps plus modernes. Je passerai sous silence les traductions qui ont été faites dans toutes les langues de l’Europe, soit avant, soit depuis la réformation de Luther, parce qu’elles ne sont toutes également que des copies plus ou moins éloignées du grec et du latin.

Que Martin Luther, qu’Augustin d’Eugubio, disent tant qu’ils voudront que les hellénistes sont des ignorants, ils ne sortent pas de leur lexique en copiant St Jérôme. Que Santès Pagnin, qu’Arias Montanus, essaient de discréditer la Vulgate ; que Louis Cappelle, passe trente-six ans de sa vie à en relever les erreurs ; que le docteur James, que le père Henry de Bukentop, que Luc de Bruges, comptent minutieusement les fautes de cet ouvrage, portées selon les uns à deus mille, selon les autres à quatre mille ; que le cardinal Cajetan, que le cardinal Bellarmin, les sentent ou les avouent ; ils n’avancent pas d’un iôta l’intelligence du texte.

Les déclamations de Calvin, les travaux d’Olivetan, de Corneille Bertram, d’Ostervald, et d’une infinité d’autres savants, ne produisent pas un meilleur effet. Qu’importent les pesants commentaires de Calmet, les diffuses dissertations de Hottinger ? Quelles clartés nouvelles voit-on naître des ouvrages de Bochard, de Huët, de Leclerc, de Lelong, de Michaëlis ? L’hébreu en est-il mieux connu ? Cette Langue, perdue depuis vingt-cinq siècles, cède-t-elle aux recherches du père Houbigant, à celle de l’infatigable Kennicott ? A quoi sert-il que l’un ou l’autre, ou tous les deux ensemble, fouillent les bibliothèques de l’Europe, en compulsent, en compilent, en confrontent tous les vieux manuscrits ? à rien du tout. Quelques lettres varient, quelques points-voyelles changent, mais la même obscurité reste sur le sens du Sépher. Dans quelque langue qu’on le tourne, c’est toujours la version des hellénistes qu’on traduit, puisque c’est elle qui sert de lexique à tous les traducteurs de l’hébreu.

Il est impossible de sortir jamais de ce cercle vicieux si l’on n’acquiert une connaissance vraie et parfaite de la Langue hébraïque. Mais comment acquérir cette connaissance ? Comment ? En rétablissant cette Langue perdue dans ses principes originels : en secouant le joug des hellénistes : en reconstruisant son lexique : en pénétrant dans les sanctuaires des Esséniens : en se méfiant de la doctrine extérieure des Juifs en ouvrant enfin cette arche sainte, qui, depuis plus de trois mille ans, fermée à tous les profanes, a porté jusqu’à nous, par un décret de la Providence divine, les trésors amassés par la sagesse des Égyptiens.



Fabre d’Olivet la langue hébraïque restituée

Livre de Fabre d’Olivet : vers l’origine de la parole

La parole des origines


Révolutions du Sépher : Origine des versions principales qui en ont été faites, suite X.

Voilà le but d’une partie de mes travaux. Marchant vers l’origine de la Parole, j’ai trouvé sur mes pas le chinois, le sanscrit, et l’hébreu. J’ai examiné leurs titres. Je les ai exposés à mes Lecteurs. Forcé de faire un choix entre ces trois idiomes primordiaux, j’ai choisi l’hébreu. J’ai dit comment composé à son origine, d’expressions intellectuelles, mé-taphoriques, universelles, il était insensiblement revenu à ses éléments les plus grossiers, en se restreignant à des expressions matérielles, propres et particulières.

J’ai montré à quelle époque et comment il s’était entièrement perdu. J’ai suivi les révolutions du Sépher de Moyse, unique livre qui le renferme. J’ai développé l’occasion et la manière dont se firent les principales versions. J’ai réduit ces versions au nombre de quatre ; savoir : les paraphrases chaldaïques ou targums, la version samaritaine, celle des Jérôme ou la Vulgate. J’ai assez indiqué l’idée qu’on en devait prendre. hellénistes appelée la version des Septante, enfin celle de St Jérôme ou la Vulgate. J’ai assez indiqué l’idée qu’on en devait prendre.

C’est maintenant à ma Grammaire à rappeler les principes oubliés de la Langue hébraïque, à les établir d’une manière solide, à les enchaîner à des résultats nécessaires : c’est à ma traduction de la Cosmogonie de Moyse, et aux notes qui l’accompagnent, à montrer la force et la concordance de ces résultats. Je vais me livrer sans crainte à ce travail difficile, aussi certain de son succès que de son utilité, si mes Lecteurs daignent m’y suivre avec l’attention et la confiance qu’il exige.




le tarot du sepher de moise


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